Environnement

Prolifération des sacs plastiques en Afrique de l’Ouest : faut-il les interdire ?

Recyclage des sacs plastiques dans la banlieue d'Abidjan, septembre 2013.

Recyclage des sacs plastiques dans la banlieue d'Abidjan, septembre 2013. © Issouf Sanogo/AFP

Le Sénégal vient d'interdire les sacs plastiques fins sur son territoire. Le pays suit la voie de plusieurs de ses voisins en Afrique de l’Ouest qui ont déjà choisi, depuis quelques années, de faire la guerre aux sachets.

Le Sénégal a adopté le 21 avril une loi bannissant les sacs plastiques minces. D’ici à six mois, la production, l’importation, la vente ou la distribution de ces sachets sera interdite. Toutefois, le sac plastique ne disparaît pas totalement du paysage. Les sacs plus épais seront toujours disponibles… mais devront désormais être payants. Avec cette nouvelle loi, le Sénégal rejoint ainsi plusieurs autres pays africains ont déjà commencé la lutte à ces sachets, qui s’échouent trop souvent dans leur décor.

Quels pays d’Afrique de l’Ouest ont déjà banni la production et la vente des sachets fins ?

L’Afrique du Sud et le Rwanda ont été les pionniers. Ensuite, de nombreux pays ont suivi cette tendance devenue une véritable vague de fond sur le continent : Tanzanie, Gabon, Somalie, Botswana, Algérie, Tchad, Maroc, Cameroun, RD Congo… La liste est longue. En Afrique de l’Ouest, le Mali, la Mauritanie, le Togo, la Côte-d’Ivoire, le Burkina Faso, la Guinée-Bissau, le Niger et maintenant le Sénégal interdisent les sachets… avec plus ou moins de succès.

Passez votre souris sur la carte ci-dessous pour obtenir des détails sur chaque pays

Dans la plupart des pays, l’interdiction vise les sachets non dégradables. Dans d’autres pays, au Tchad ou au Cameroun par exemple, tous les types de sacs plastiques sont interdits. La législation de chaque pays comporte ses spécificités.

Pourquoi faut-il lutter contre les sacs plastiques ?

Parce qu’ils sont très nocifs pour l’environnement. Jetés dans la nature, les sachets prennent plusieurs centaines d’années à se dégrader. Ils représentent une menace pour la santé des humains, mais sont aussi sont souvent ingérés par les animaux. Un danger mortel. De plus, dans les villes, les sachets bloquent les systèmes d’évacuation et causent des inondations. En Afrique de l’Ouest, le phénomène est tellement répandu qu’on surnomme ces sachets "les fleurs du Sahel".

Les interdire, ça marche ou pas ?

Le succès d’une telle mesure dépend des outils de contrôle mis en place par le gouvernement. Au Cameroun, "c’est un échec", commente Philippe Michon, représentant Afrique de l’entreprise Symphony Plastics. De nombreux sachets de contrebande, provenant du Nigeria, circulent dans le pays. "Politiquement, c’est un geste fort d’interdire les sacs plastiques, nous sommes tous d’accord. Cependant, l’État doit mettre en place un système de contrôle efficace et surtout, des alternatives", croit-il.

De plus, la législation doit s’accompagner de mesures de répression afin d’être efficace. Par exemple, au Sénégal, les récalcitrants s’exposent à une amende de 20 millions de francs CFA (30 000 euros) et une peine de six mois de prison. Reste à savoir si la menace sera mise à exécution.

Quels sont les impacts sur l’économie ?

Ça dépend. Au Cameroun, les craintes d’Emmanuel Wafo, président de l’Association camerounaise des professionnels de plasturgie qui regroupe une quarantaine d’entreprises,  se sont avérées. Selon lui, quatre usines ont fermé leurs portes conduisant à la perte de 2000 emplois depuis l’entrée en vigueur de la loi en avril 2014, interdisant les sacs plastiques minces de moins de 60 microns.

>> Lire aussi : Emmanuel Wafo : "L’interdiction des sacs plastiques va entraîner la perte de 2000 emplois"

La solution ? Des sacs plastiques biodégradables, recyclables et sans un surcoût trop élevé, plaident les défenseurs de l’industrie. En effet, le marché des sacs écologiques représente un business très lucratif, évalué en 2011 à quatre milliards de dollars sur tout le continent.

À l’inverse, certains entrepreneurs locaux voient l’interdiction des sacs plastiques d’un bon oeil. C’est le cas de Kramoko Diabate en Côte d’Ivoire où les sachets sont interdits depuis novembre 2014. L’homme d’affaires travaille à la mise sur pied d’une entreprise de production de sachets en papier. Il prévoit la création de 20 à 100 emplois et espère un chiffre d’affaires d’un milliard de francs CFA (1,5 million d’euros). "L’avenir doit passer par le papier, c’est plus écologique et c’est mondialement reconnu", précise-t-il. Une façon pour lui de stimuler l’économie autrement.

Est-il possible de mettre en place des filières de recyclage ?

Dans plusieurs pays, il faut d’abord instaurer un système de collecte efficace des déchets et des matières recyclables. Cela peut être long. Il s’agit de la toute première étape vers un système officiel de recyclage. En attendant, des associations collectent les matières plastiques avant de les transformer en objets utiles : des tables, du pavé, des bordures de jardin… Une façon de donner une seconde vie au plastique usagé.

>> Lire aussi : Sacs en plastique : le marché s’emballe
 

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