Défense

Muhammadu Buhari : « Comment je compte éradiquer Boko Haram »

Par Muhammadu Buhari, président du Nigeria

Muhammadu Buhari © Sunday Alamba/AP/SIPA

Quand, dans la nuit du 14 avril 2014, des hommes de Boko Haram ont attaqué une école à Chibok, dans le nord du Nigeria, et kidnappé plus de deux cents jeunes filles, mes compatriotes ont été horrifiés. Et comme eux, des millions de personnes à travers le monde se sont demandé comment il était possible qu'un groupe terroriste agisse aussi impunément.

 Le gouvernement du président Goodluck Jonathan a mis près de deux semaines à évoquer – oui, simplement évoquer – ce drame. Cette inertie est révélatrice des raisons qui ont conduit à la défaite du chef de l’État le 28 mars. Pendant trop longtemps, lui et ses amis ont régné sur le pays sans le gouverner réellement, obnubilés par leurs intérêts particuliers et trempant à tel point dans la corruption qu’ils en ont oublié leur devoir élémentaire : remédier aux souffrances de leurs concitoyens.

Mon gouvernement, qui entrera en fonction le 29 mai, se comportera tout à fait différemment. Pour commencer, nous devons dire avec franchise si les jeunes filles de Chibok peuvent être sauvées. Un an après leur enlèvement, on ignore tout de leur sort. Nous ne savons pas si elles sont en bonne santé, si elles ont été séparées les unes des autres et si elles sont encore en vie. Bien que je le souhaite de toutes mes forces, je ne peux pas promettre que nous les retrouverons. Mais je dis à leurs parents, à leur famille et à leurs amis que mon gouvernement fera tout ce qui est en son pouvoir pour les ramener chez elles.

Ce que je puis certifier, en revanche, c’est que dès le 29 mai les membres de Boko Haram verront avec quelle détermination la nation tout entière et mon gouvernement s’emploieront à débarrasser le pays de leur entreprise de terreur, à rétablir la paix et une vie normale dans les régions où ils sévissent. Jusqu’à présent, le Nigeria n’a pas su apporter une réponse à la hauteur de cette menace : pendant que nos voisins bataillaient ferme pour bouter les terroristes hors de leurs frontières, notre armée n’était pas suffisamment aidée et équipée pour les repousser vers le Nord.

L’impuissance du pouvoir a permis à ces terroristes de se déployer tranquillement sur notre territoire. Le combat victorieux contre Boko Haram commencera et finira au Nigeria. Cela ne signifie pas que nos alliés ne peuvent pas nous aider. Ainsi, nous apprécierions grandement qu’un accord passé avec les États-Unis et portant sur la formation militaire, abandonné sous le gouvernement précédent, soit réactivé. Et nous devons bien sûr mieux coordonner nos interventions armées avec celles de nos alliés africains, comme le Tchad et le Niger.

Mais in fine, la solution ne pourra venir que du Nigeria lui-même. Avant tout, il nous faudra envoyer davantage de troupes sur le front. Puis, pendant que notre armée passera à l’action, nous devons nous concentrer sur ce que nous pouvons faire par ailleurs pour contrer Boko Haram, et nous demander pourquoi autant de jeunes gens rejoignent ses rangs.

Parmi ces nombreuses raisons, il y a la pauvreté et l’ignorance. Justement, Boko Haram prétend qu’accéder à un meilleur avenir grâce à l’éducation est un péché. Quand vous êtes tenaillé par la faim, que vous êtes jeune et que vous essayez de comprendre pourquoi votre vie est si difficile, le fondamentalisme peut vous paraître séduisant. Nous devons donc être prêts à proposer une solution alternative, qui lui fasse contrepoids.

Cette solution consiste à scolariser davantage de filles afin qu’elles sortent de la misère et puissent jouer un rôle à part entière en tant que citoyennes. Nous avons une dette envers les écolières de Chibok : procurer la meilleure éducation possible à leurs soeurs. Boko Haram se nourrit du désespoir, mais nous pouvons y remédier. En s’attaquant à un lieu de savoir – une école – et en kidnappant plus de deux cents élèves, ces terroristes ont voulu frapper à l’endroit même où l’on a foi dans l’avenir.

Nous voulons montrer à Boko Haram qu’il va échouer et lui prouver que, comme l’a dit Nelson Mandela, "l’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde".

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© International New York Times et Jeune Afrique, tous droits réservés

>> À lire aussi : Boko Haram au Nigéria : ce que l’élection de Muhammad Buhari peut changer

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