Banque

Avec la BNC, l’ivoirien NSIA fait le choix de la banque

La BIAO-CI, à Abidjan, est l'une des deux filiales bancaires de NSIA. © Olivier pour J.A.

En faisant entrer la Banque nationale du Canada - plutôt que le géant Swiss Re - au tour de table de son groupe, Jean Kacou Diagou confirme sa volonté de créer un leader panafricain de la bancassurance.

Annoncée quelques jours auparavant par Jeune Afrique, l’entrée du consortium formé par la Banque nationale du Canada (BNC) et le français Amethis Finance au capital de l’ivoirien NSIA Participations (banque et assurance) a été officialisée le 25 mars. Cette opération, qui concerne les 26,3 % jusque-là détenus par le capital-investisseur Emerging Capital Partners (ECP), comptera sans doute parmi celles qui marqueront le secteur financier subsaharien en 2015.

D’abord pour son prix : celui-ci doit être ajusté aux résultats financiers de NSIA en 2014 (qui ne sont pas encore disponibles) et pourrait avoisiner 110 millions d’euros, selon nos sources. Ensuite parce qu’elle confirme l’arrivée d’un nouveau grand acteur international en Afrique.

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Arguments

Cotée à la Bourse de Toronto, la BNC, dont le total de bilan a été de 151,7 milliards d’euros en 2014, s’est engagée depuis peu dans la conquête de nouveaux marchés à fort potentiel de croissance. Elle a déjà posé un pied sur le continent en décembre, en acquérant 9,5 % du capital de la banque mauricienne AfrAsia.

JA 2830 NSIA Kouassi-OlssonSur le dossier NSIA, le groupe canadien et le capital-investisseur Amethis, qui étaient en concurrence avec Swiss Re, un poids lourd international de la réassurance, ont su trouver les bons arguments pour convaincre ECP et surtout l’actionnaire majoritaire, Manzi Finances, le holding familial dirigé par Jean Kacou Diagou, qui détient quelque 61 % du capital de NSIA Participations.

Selon nos sources, l’offre financière du groupe suisse était même supérieure à celle du consortium. Une information que n’a pas souhaité commenter Janine Diagou, directrice générale de NSIA Banque (988 millions d’euros de total de bilan en 2013).

« Nous voulions un partenaire qui s’inscrive dans la durée et qui nous apporte une vraie complémentarité. Il n’y avait pas meilleur candidat qu’un banquier », se contente d’expliquer celle qui dirige le pôle bancaire – encore embryonnaire avec deux filiales, en Côte d’Ivoire et en Guinée – du groupe ivoirien. Elle assure que le projet porté par la BNC est « en parfaite adhésion » avec la vision de son père, Jean Kacou Diagou, le président de NSIA Participations, dont l’objectif est de créer un leader panafricain de la bancassurance.

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Laureen Kouassi-Olsson, directrice d’investissement chez Amethis, avance une autre raison : « Entre un concurrent qui est plus gros que vous et qui pourrait vous absorber plus tard et un autre groupe dont l’activité est complémentaire avec la vôtre et qui ne cherche pas à devenir majoritaire, le choix du partenaire est évident. »

Perspectives

En attendant la validation de l’opération par les régulateurs, les derniers conseils d’administration avec les représentants d’ECP (qui avait investi 35 millions d’euros en 2008 pour prendre 20 % du groupe ivoirien) se sont enchaînés ces derniers jours au siège de NSIA, à Abidjan. Dans les semaines à venir, Jean Kacou Diagou et son équipe devraient se réunir avec les nouveaux actionnaires, la BNC (20,9 %) et Amethis (5,4 %), pour affiner leur stratégie de croissance.

D’après nos informations, les premières discussions porteront sur une augmentation de capital d’environ 30 millions d’euros. Contacté à plusieurs reprises par Jeune Afrique, Yves Jacquot, le directeur général adjoint de la BNC, basé à Paris, n’était pas disponible pour confirmer ce chiffre. De son côté, Janine Diagou assure que l’augmentation de capital sera beaucoup plus « substantielle et ne se fera sans doute pas en une seule fois ».

Les ressources financières apportées par le groupe canadien devraient permettre à NSIA de s’ouvrir de nouvelles perspectives.

Les ressources financières qui seront notamment apportées par le groupe canadien devraient permettre à NSIA de s’ouvrir de nouvelles perspectives.

« Dans le domaine de l’assurance, nous allons pouvoir recommencer à prospecter de nouveaux marchés comme l’Angola et la RD Congo, que nous visions depuis quelques années », indique celle qui est aussi directrice générale adjointe de NSIA Participations. Cependant, c’est surtout l’activité banque qui sera au centre de toutes les attentions.

Conquête

« En Afrique subsaharienne, la croissance des assureurs s’est souvent fondée sur la conquête de nouveaux marchés, en misant notamment sur les risques industriels et l’automobile. Ce modèle, dont la rentabilité est limitée, commence à s’essouffler. Le nouveau relais de croissance de l’industrie repose à présent sur le particulier. Le développement d’un pôle bancaire offre ainsi un canal de distribution de taille », explique Laureen Kouassi-Olsson, chez Amethis, dont les patrons, Luc Rigouzzo et Laurent Demey, connaissent bien NSIA pour avoir travaillé ensemble lorsqu’ils dirigeaient Proparco, la filiale de l’Agence française de développement (AFD) dévolue au secteur privé.

« Mais pour que cette approche de bancassurance soit pertinente, il faudra s’appuyer sur une plateforme bancaire dont le réseau serait complémentaire avec celui du pôle assurance de NSIA », poursuit Laureen Kouassi-Olsson. Une analyse partagée par Janine Diagou, qui assure que toutes les occasions d’acquisition vont être regardées de près en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. Pour les analystes, le tour sera vite fait : les opportunités ne sont pas nombreuses. Parmi elles, le nigérian Diamond Bank, implanté dans cinq pays d’Afrique de l’Ouest, et Oragroup. Ce dernier, basé au Togo, est présent dans douze pays et détenu par un certain… ECP.

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