Économie

Longtemps déserté, le Sahara marocain attire enfin les patrons

Miriem Bensalah Chaqroun est présidente de la Confédération générale des entreprises du Maroc. © Hassan Ouazzani/JA

Fin mars, les provinces du Sud étaient au centre d'un nouveau forum de l'investissement à Laayoune. À la clé, soixante projets et 6 milliards de dirhams (550 millions d'euros) pour une région jusque-là oubliée par les entrepreneurs privés.

Longtemps boudées par les acteurs privés, les provinces du Sud étaient au centre du forum de l’investissement organisé fin mars par la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), à Laayoune. Lors de cette rencontre inédite, soixante projets ont été annoncés dans de nombreux secteurs pour un montant total de 6 milliards de dirhams (550 millions d’euros).

Des investissements colossaux qui, selon Miriem Bensalah Chaqroun, la présidente de la CGEM, devraient permettre de créer pas moins de 10 000 emplois. « À trois jours du lancement du forum, nous n’étions qu’à 4 milliards de dirhams d’investissements. Mais nos membres se sont fortement mobilisés pour en faire un événement marquant de la vie des provinces du Sud », confie la patronne des patrons.

Miriem Bensalah Chaqroun a été la première à entreprendre dans le Sahara. Son groupe Holmarcom, présidé par son frère Mohamed Hassan Bensalah, devrait ainsi miser 60 millions de dirhams via deux de ses filiales, Les Eaux minérales d’Oulmès et la Société marocaine du thé et du sucre (Somathes), pour la réalisation d’une unité d’embouteillage d’eau et de boisson, à Bir Guendouz. L’unité devrait être réalisée en six mois pour servir toute la région, mais aussi le sud du Sahara, notamment la Mauritanie.

Quant au groupe Sanam Holding, de Saïd Alj, il devrait construire trois nouvelles unités agro-industrielles, pour un investissement global de 235 millions de dirhams. Au total, le secteur industriel draine à lui seul plus de 2 milliards de dirhams d’investissements. Côté BTP, le groupe Addoha d’Anas Sefrioui a dégainé plus de 2,2 milliards de dirhams pour la réalisation de complexes immobiliers et résidentiels à Laayoune. « Ces projets devraient créer plus de 5 000 emplois et seront réalisés d’ici cinq à dix ans », indique Saad Sefrioui, DG du groupe.

Quant au groupe Anwar Invest, d’El Hachmi Boutgueray, il a annoncé la réalisation d’ici à 2016 d’une unité de broyage et de conditionnement de ciment, toujours à Laayoune, pour 300 millions de dirhams.

>>>>> Voir également – Maroc : très cher Sahara

Extension

Dans le secteur énergétique, Nareva, filiale de la Société nationale d’investissement (SNI), qui exploite déjà trois parcs éoliens dans la région, devrait lancer dans les jours qui viennent l’extension de son parc d’Akhfennir, pour une capacité additionnelle de 100 MW.

« L’investissement, de 1,8 milliard de dirhams, a fait l’objet d’une convention de financement avec Banque populaire, Attijariwafa Bank et la BMCI », signale Adil Khamis, directeur stratégie et développement de Nareva. Depuis leur récupération par le Maroc au milieu des années 1970, l’État a été le premier investisseur et le premier employeur des provinces du Sud, qui représentent 59 % du territoire du royaume.

Le groupe Addoha a annoncé plus de 2,2 milliards de dirhams de chantiers urbains.

Mais ce modèle a montré ses limites, comme l’a reconnu le Conseil économique et social (CES) de Nizar Baraka dans son rapport « Nouveau modèle de développement pour les provinces du Sud ». L’État a eu beau construire des infrastructures et tenter d’inciter les investisseurs, notamment par le biais d’exonérations fiscales, il n’a pas obtenu l’effet d’entraînement souhaité.

Aujourd’hui, la région a plus que jamais besoin de projets à forte valeur ajoutée et d’emplois durables. « Le niveau élevé du chômage (15 %, contre 9 % en moyenne à l’échelle nationale) est un des défis à la fois économique et social parmi les plus importants à relever », note le CES.

Il propose de faire du Sahara marocain un hub africain, une plateforme d’export vers les pays situés au sud du Maroc, avec un objectif pour le moins ambitieux : doubler le PIB de la région d’ici à dix ans et créer plus de 120 000 nouveaux emplois, réduisant le taux de chômage de moitié. Un vaste chantier auquel le patronat marocain semble adhérer.

La majorité des projets présentés dans l’industrie, l’énergie et la distribution sont dirigés vers l’export en Mauritanie, au Sénégal, au Mali et dans d’autres pays subsahariens.

>>>> Lire aussi – Les entreprises africaines à la conquête de l’Afrique : une stratégie royale

Un mirage fiscal ?

Cadeau de Hassan II, depuis le milieu des années 1970, les entreprises ne paient aucun impôt ou presque dans le Sahara marocain. Un paradis fiscal en plein désert ? Pas vraiment.

« C’est un piège fiscal, lance Mohamed Bensalem, trésorier de la CGEM Sud. Aucun texte de loi n’organise cette exonération. Les entrepreneurs n’ont donc pas d’attestation fiscale qui précise cela, et beaucoup n’arrivent pas à récupérer leur TVA à l’import, sans parler de leur impossibilité de soumissionner à des marchés publics. »

Ce flou fiscal a été aussi à l’origine d’une grande, mais fausse, ruée des entreprises du nord du Maroc, une sorte d’évasion fiscale intraterritoriale. « Nous comptons plus de 5 000 entreprises domiciliées à Laayoune mais peu exercent réellement dans la région. À la CGEM Sud, seules 850 sociétés sont affiliées », explique Mohamed Bensalem.

 

Par Mehdi Michbal, envoyé spécial à Laayoune

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