Économie

Avec les PPP, l’accès à l’eau pour tous est à portée de main

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Par  Jeune Afrique

Marc Albérola. DR

Marc Albérola. DR ©

Marc Albérola dirige le groupe Eranove. Actif en Afrique de l’Ouest, Eranove compte notamment parmi ses filiales : la Sénégalaise des eaux (SDE) et la Société de distribution d’eau de la Côte d’Ivoire (Sodeci), sociétés délégataires exclusives de la distribution publique urbaine d’eau potable.

L’Afrique n’est pas dépourvue de ressources en eau, mais de canalisations, de stations de pompage, de stations d’épuration, de systèmes d’irrigation, de réseaux de distribution… Sur les 3 400 milliards de mètres cubes d’eau renouvelable par an dont dispose le continent, il n’en consomme que 5,5 % pour l’ensemble de ses besoins (FAO, Aquastat 2015).

Le résultat de cette situation – voire de ce paradoxe – est sans appel, et insupportable : 344 millions d’Africains, soit 35 % de la population, vivent sans accès à l’eau potable (OMS/Unicef). Les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) qui arrivent à échéance en 2015 et qui prévoyaient de réduire de moitié ce nombre d’habitants dépourvus d’accès à l’eau n’auront pas été atteints en Afrique.

Ce défi est pourtant crucial pour l’avenir du continent qui va voir sa population doubler d’ici à 2050 pour atteindre 2 milliards d’habitants. Près de 60 % vivront en zone urbaine, ce qui exige nécessairement une accélération du rythme des investissements engagés. Faute de quoi, nos villes africaines risquent fort de devenir invivables.

Selon la Banque africaine de développement, les besoins en financement pour l’eau et l’assainissement s’élèvent à 22 milliards de dollars par an.

Selon la Banque africaine de développement (BAD) et la Banque Mondiale, les besoins en financement pour l’eau et l’assainissement s’élèvent à 22 milliards de dollars par an. Les budgets nationaux, l’aide publique au développement, les bailleurs de fonds ne peuvent à eux seuls financer et mettre en œuvre de tels projets…

Bref, il convient d’être pragmatique, créatif et inventif – au-delà de toute posture ou idéologie – et d’admettre que seule une synergie entre le public et le privé permet de répondre durablement à ce défi.

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Facteurs de réussite

D’après notre expérience, les facteurs de réussite reposent notamment sur la mise en valeur de l’expertise africaine, la qualité du partenariat public-privé, la sélection de partenaires techniques de référence, mais aussi et surtout sur l’atteinte de l’équilibre économique et financier des secteurs de l’eau tout en excluant un renchérissement significatif du coût de l’eau inacceptable pour les populations.

L’enjeu pour l’État consiste à garantir un prix de l’eau supportable pour les populations sans pour autant décourager les investisseurs. Cet équilibre s’apparente à une ligne de crête. Mais à condition de se poser les bonnes questions et d’admettre le réel, il est possible de dessiner ce qui pourrait être un modèle africain.

Quelle entreprise crédible peut accepter de s’engager sur la durée si le financement des infrastructures n’est pas pérenne et si son business model ne lui assure pas un retour sur investissement ? Quelle institution financière peut apporter du financement si les recettes ne permettent pas le remboursement de la dette ? Quel Etat acceptera un projet qui ne garantit pas un prix raisonnable pour les consommateurs ?

Soyons clairs, devant autant d’impératifs, il n’existe pas de modèle universel.

Il faut identifier des solutions capables de faire progresser la fourniture en eau sans surcoût excessif. Pour cela, il convient d’améliorer les rendements techniques, de lutter contre les gaspillages, d’optimiser les systèmes de facturation et de diminuer le prix de revient, notamment la facture énergétique des opérateurs alors que l’électricité représente dans certains pays jusqu’à un tiers de leur coût d’exploitation.

Il faut en outre développer une bonne application des tarifs évolutifs en préservant une tranche sociale pour les plus démunis. Il est également important de réduire le coût d’accès aux réseaux (branchement, compteur, installation…) avec des mécanismes financiers innovants, les nouvelles technologies et des systèmes d’étalement pour le paiement.

Impossible ? Non. L’Afrique offre déjà de bons exemples avec la Côte d’Ivoire, où l’accès à l’eau potable est en net progrès depuis la fin de la crise, et le Sénégal qui sera l’un des rares pays du continent à atteindre en 2015 les OMD.

Un miracle ? Non. Ces deux pays ont très tôt mis en place des schémas institutionnels permettant l’émergence de partenariats public-privé (1959 pour la Côte d’Ivoire et 1996 pour le Sénégal) avec une définition claire des missions et des responsabilités de chacun. Ainsi, au-delà de la réalisation de leurs objectifs de performance, les opérateurs privés s’engagent pour améliorer le service auprès des populations, s’impliquent dans les réflexions nationales, proposent des plans d’investissement et accompagnent la réalisation des grands travaux.

Travailler ensemble

Ce partenariat de confiance implique également le respect des engagements de l’État : paiement des factures, planification des investissements, mobilisation des financements de type concessionnel, ajustement des tarifs pour qu’ils demeurent socialement acceptables tout en préservant l’équilibre financier du secteur, etc.

Cette capacité à travailler ensemble, tant au quotidien que sur les options stratégiques, est une condition sine qua non si l’on veut, collectivement, atteindre les futurs objectifs de développement durable en cours d’élaboration. C’est possible !

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