Santé

Dr Constant Vodouhé : en Afrique, « la drépanocytose est encore taboue »

| Par Jeune Afrique
Chez la personne drépanocytaire, les globules rouges prennent la forme allongée d'une faucille.

Chez la personne drépanocytaire, les globules rouges prennent la forme allongée d'une faucille. © DR

Du 16 au 18 avril 2015 se tient à Strasbourg le congrès scientifique sur la drépanocytose. Le docteur Constant Vodouhé, neurobiologiste à Strasbourg, nous explique les enjeux de cette maladie génétique, la plus répandue dans le monde mais dont la plus grande population de personnes atteintes vit en Afrique. 

Jeune Afrique : La drépanocytose, qu’est-ce que c’est ?

Constant Vodouhé : La drépanocytose ou anémie falciforme est une maladie génétique héréditaire touchant les globules rouges. Elle consiste en une anomalie de la structure de l’hémoglobine. Les globules rouges des drépanocytaires sont plus fragiles, ils ont une durée de vie plus courte que chez un individu normal.

Quelles sont les conséquences de cette maladie ?

Cette maladie a des conséquences graves : anémies, infections bactériennes, accidents vasculaires occlusifs. L’anémie se traduit par une fatigue excessive et une sensation de faiblesse. Cela s’explique par une capacité limitée du transport de l’oxygène par le sang. En cas d’une infection banale, le taux d’hémoglobines déjà faible dans le sang va encore baisser, pouvant entraîner la mort après une crise d’anémie aigue.

Quelle est l’éspérance de vie en Afrique d’une personne atteinte de la maladie ?

En Afrique, l’espérance de vie des personnes atteinte de drépanocytose est autour de 20 ans en moyenne.

Qui est touché par cette maladie ?

C’est une maladie héréditaire non contagieuse qui se transmet par l’union de deux parents tous deux porteurs de l’anomalie génétique. Un dépistage précoce est donc nécessaire afin de détecter les formes d’hémoglobines anormales présentes dans le sang des patients et mettre en place une prise en charge adéquate.

La drépanocytose touche plus particulièrement les populations d’Afrique subsaharienne où elle est particulièrement mortelle. On estime à cinquante millions le nombre de personnes atteintes dans le monde chaque année, dont 90% sur le continent africain.

Malgré sa prévalence sur le continent, comment expliquer le fait qu’elle soit peu connue des Africains ?

La maladie est encore taboue. Dans l’esprit des gens, elle est liée à la sorcellerie. Les familles n’hésitent donc pas à cacher leurs malades parce qu’elles considèrent la drépanocytose comme une malédiction.

L’autre aspect, c’est que les États africains ne s’occupent pas de cette maladie. Une sensibilisation des populations serait nécessaire pour leur permettre de connaître la maladie, et pour ensuite instaurer les dépistages dès la naissance comme c’est le cas en Europe.

Comme beaucoup d’autres pathologie, cette maladie est le reflet de l’inégalité sociale et sanitaire dans le monde.

Quels sont les symptômes de la maladie ?

Il n’y a pas beaucoup de symptômes apparents de la maladie. Les drépanocytaires ont une coloration en jaune des yeux inhabituelle. Mais il faut vraiment prêter attention pour s’en apercevoir.

Le signe principal est la douleur dans tout le corps provoqué par le manque d’oxygène dans le sang. L’hospitalisation et la prise de morphine est parfois necéssaire. Les infections telles que la septicémie ou la méningite sont aussi à craindre car la maladie affaibli les défenses naturelles du patient. Enfin, le drépanocytaire se fatigue beaucoup plus vite que la moyenne.

Peut-on guérir de la drépanocytose ?

Malheureusement il n’existe pas à l’heure actuelle de traitement permettant de guérir définitivement de cette maladie. Elle est, comme beaucoup d’autres pathologie, le reflet de l’inégalité sociale et sanitaire dans le monde puisque c’est dans les pays où elle est la plus répandue qu’elle est le moins bien prise en charge par les institutions sanitaires, faute de moyens. Et en Afrique des blocages existent encore. Par exemple, les médecins refusent souvent de donner de la morphine aux patients, parce qu’ils la considèrent comme une drogue. Ils prescrivent à la place du paracétamol, ce qui ne soulage absolument pas le patient.

La chose à faire pour mieux vivre la maladie est évidemment d’avoir une bonne hygiène de vie avec une alimentation équilibrée, une hydratation régulière et importante, et éviter les efforts physiques violents ou brusques.

>>Lire aussi : Plantes miracles contre la drépanocytose
 

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