Société

Accident d’autocar au Maroc : les victimes méritent-elles le deuil national ?

Depuis le tragique accident d’autocar, les messages de condoléances et de soutien aux familles des victimes se muent en une gronde sur les réseaux sociaux demandant un deuil national.

Par - Marlène Panara
Mis à jour le 14 avril 2015 à 15:39

Photo de couverture de la page Facebook réclamant un jour de deuil. © Facebook

L’accident d’autocar de Tan Tan, vendredi 10 avril, et son bilan tragique (33 morts dont une majorité d’enfants âgés de 8 à 14 ans) a suscité une immense vague d’émotion dans l’opinion marocaine. Selon un communiqué du cabinet royal, le roi Mohammed VI a adressé ses condoléances aux familles des victimes, tout en déclarant assurer la prise en charge financière de leurs obsèques. Le ministre de l’Intérieur, Mohamed Assad, s’est quant à lui déplacé le jour même sur les lieux du drame, accompagné du wali de la région, Mohamed Ben Rebbak, et de Abdelkrim el Yaagoubi, Général de division inspecteur de la protection civile. Cependant, la réaction du gouvernement a été jugée insuffisante face à l’horreur de l’accident et au vu du nombre de ses jeunes victimes. L’opinion publique, indignée, appelle le gouvernement à décréter le deuil national, et se manifeste sur les réseaux sociaux. On ne compte plus les tweets épinglés du hashtag #bnademrkhiss, "l’humain ne vaut pas cher", qui traduisent la colère des marocains. Leurs auteurs dénoncent ainsi le peu de considération vis-à-vis des citoyens marocains.

Une page Facebook a par ailleurs été créée, réclamant un "jour de deuil populaire pour les victimes de la tragédie de Tan Tan", à défaut d’un deuil national jugé désormais impossible, car théoriquement décrété immédiatement après une tragédie. En trois jours, elle a déjà atteint presque 20 000 fans.

Les réseaux Twitter et Facebook se font ainsi les portes paroles d’une question : pourquoi le gouvernement n’a-t-il pas décrété le deuil national tout de suite après le drame ? Celui-ci n’est en effet régi par aucun cadre légal, et seul le chef de l’État, en l’occurrence Mohammed VI, peut décider de son établissement. Le dernier en date au Maroc date du 26 juillet 2011, à la suite du crash d’un avion militaire près de Guelmim, faisant 80 morts : le roi avait alors annoncé trois jours de deuil national, en hommage aux victimes. Pourquoi les enfants de Laâyoune et leurs accompagnateurs n’ont droit qu’à une simple déclaration ? Pour le twitto @Lambertiste, "décréter le deuil, c’est reconnaître que CHACUN DE NOUS compte". L’incompréhension des internautes est d’autant plus grande qu’ils se souviennent également de la mise en berne des drapeaux du royaume après la mort du roi Abdallah d’Arabie Saoudite en janvier 2015. Le deuil national, expression solennelle d’une tristesse collective, se mérite-t-il ? Telle est la question que beaucoup se posent.

Des deuils nationaux ont en outre été décrétés en Europe après des accidents similaires. En Belgique, c’est à la suite d’un accident d’autocar, survenu dans le tunnel de Sierre en Suisse, qui ramenait des écoliers belges que le gouvernement a décrété un jour de deuil national le 16 mars 2012. En Espagne, c’est après le déraillement d’un train le 24 juillet 2013, faisant 80 victimes, que le gouvernement espagnol a instauré 3 jours de deuil pour la nation. Plus récemment, le crash de l’Airbus A320 le 24 mars 2015 a été suivi lui aussi de 3 jours de deuil national dans le pays ibérique au vu de la mort de 42 de ses ressortissants. En France le deuil national est à ne pas confondre avec le "deuil de niveau national". Celui-ci a été décrété par exemple lors du cash de l’avion d’Air Algérie au Mali qui avait fait 118 morts dont 54 français. Le deuil national, beaucoup plus rare et qui s’accompagne de la fermeture des administrations publiques, a été décrété pour la dernière fois à la suite des attentats de Charlie Hebdo.