Elections

Côte d’Ivoire : Yasmina Ouégnin, de l’assurance à revendre

Georges Ouegnin venue soutenir sa fille Yasmina Ouegnin candidate lors des législatives de 2011. © Issouf Sanogo/AFP

À 35 ans, la plus jeune députée du pays est aussi la cadette de l'ex-directeur du protocole d'Houphouët-Boigny. Rencontre avec Yasmina Ouégnin, une élue parfois... déconcertante.

Elle débarque sur la terrasse de ce grand hôtel abidjanais d’un pas pressé. Un téléphone à la main, elle parle vite et explique qu’entre ses "différents emplois du temps" le temps lui est compté. "Vous êtes sûre que cela enregistre ? s’inquiète-t-elle au bout de quelques minutes. Il ne faudra pas me rappeler pour me dire que cela n’a pas fonctionné !"

Élue à Cocody (une commune d’Abidjan), Yasmina Ouégnin est, à 35 ans, la benjamine de l’Assemblée nationale ivoirienne. Et, à défaut d’expérience, elle a de l’assurance à revendre. Dernière fille de Georges Ouégnin, l’ancien directeur du protocole du président Houphouët-Boigny, puis de Henri Konan Bédié et même, pour quelques mois, de Laurent Gbagbo, Yasmina Ouégnin se dit "génétiquement programmée pour appartenir au Parti démocratique de Côte d’Ivoire [PDCI]".

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Elle rit même à l’idée qu’on puisse l’imaginer en dehors du parti du "Vieux", qu’elle affirme avoir bien connu. "Lorsque je parle d’Houphouët-Boigny, je parle de mon parrain, de mon grand-père, d’un homme qui était présent le jour où je suis née, d’un homme avec qui je mangeais tous les dimanches." L’ancien président est d’ailleurs le seul qui trouve grâce à ses yeux, elle qui assure n’avoir aucun mentor politique en Côte d’Ivoire.

Toute petite, j’étais folle amoureuse de Kadhafi ! J’ai même eu un autographe de lui. Une vraie groupie !

Ses modèles, la jeune députée les cherche ailleurs. Elle cite volontiers la Britannique Margaret Thatcher, la Pakistanaise Benazir Bhutto et même l’ancien dirigeant libyen Mouammar Kadhafi. "J’ai toujours été fan, surtout à ses débuts. Idéologiquement, nous ne sommes pas du même bord. Lui était socialiste, et moi, je suis capitaliste. Mais je ne peux que constater que son pays avançait. Toute petite, j’en étais folle amoureuse ! J’ai même eu un autographe de lui. Une vraie groupie !"

L’entregent de ses parents

C’est après la crise post­électorale de 2010-2011 que Yasmina Ouégnin est entrée en politique, "pour ne plus subir les événements". Diplômée de l’école de commerce d’Abidjan (la réputée ESCAE) et de l’école de management de Bordeaux, en France, elle dirige à l’époque son propre cabinet de courtage en assurances (c’est encore le cas aujourd’hui) et n’a aucune expérience de la chose publique.

Doit-elle se présenter aux municipales ou aux législatives ? Elle n’hésite pas longtemps, avouant ne pas vraiment apprécier "tout ce qui est politique de proximité". Elle se présente donc là où elle a toujours vécu, à Cocody, y décroche l’investiture du PDCI, puis la députation. Le parti était à la recherche de jeunes et de femmes, explique-t-elle. Pour ses concurrents, à l’intérieur comme à l’extérieur de sa formation, c’est surtout son nom et l’entregent de ses parents qui ont fait la différence.

"Régime trop présidentialiste"

Depuis, consciente "du rôle très limité de l’Assemblée dans un pays au régime trop présidentialiste", elle s’est surtout fait remarquer pour ses prises de position parfois… dissonantes : elle était contre la modification du code de la famille, contre l’appel de Daoukro ("antidémocratique et sorti de nulle part") par lequel Bédié a appelé à soutenir la candidature unique d’Alassane Ouattara à la présidentielle de 2015, contre encore le cumul des mandats dans la fonction publique, qui empêche selon elle une nouvelle génération d’émerger…

Cette mère d’une petite fille de 6 ans, divorcée, se dit pourtant déjà déçue de la politique. Au point de ne pas se représenter aux législatives de décembre 2016 ? "Pour l’instant, je ne veux pas rempiler, mais j’attends de voir comment se déroulera la présidentielle." De là à dire qu’elle ne s’est pas plu à l’Assemblée nationale, il y a un pas qu’il ne faut pas franchir. La distinguée trentenaire s’y sent même très à l’aise, grâce au président, Guillaume Soro, "qui a tendance à mettre les femmes en avant".

Et ses collègues masculins, ne sont-ils pas parfois machos ? "Nos échanges peuvent être violents, mais ils restent corrects, me tiennent les portes… J’ai même droit à un bisou de chaque élu à chaque fois que j’arrive en session." C’est dire !

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