Sécurité

Terrorisme : le Kenya et la Somalie sous la menace Shebab

| Écrit par Vincent Duhem
Un soldat kényan sécurise un périmètre à Garissa, autour de l’université, le 2 avril 2015.

Un soldat kényan sécurise un périmètre à Garissa, autour de l'université, le 2 avril 2015. © Khalil Senosi/AP/SIPA

L’attaque de l’université kényane de Garissa, qui a fait 147 morts jeudi, à 150 km de la frontière avec la Somalie, prouve que les islamistes Shebab ont digéré la mort de leur chef en novembre 2014. Quel sont leurs forces et leur pouvoir de nuisance dans la sous-région ?

On les avait dit sur le déclin, perdus après la mort de leur ancien chef, Ahmed Abdi Godane, tué en novembre 2014 par une frappe américaine. Il n’en est rien. En attaquant l’université de Garissa (Est), jeudi 2 avril, les islamistes somaliens Shebab ont frappé un grand coup. Un an et demi après celui contre le centre commercial Westgate à Nairobi, qui avait fait 67 morts.

>> Lire aussi : que s’est-il passé à l’université de Garissa ?

Affaiblis en Somalie

La pression de l’opération africaine multinationale (Amisom), largement soutenue par les puissances occidentales, a mis à mal l’emprise des Shebab sur le sol somalien. Les islamistes ont été chassés de Mogadiscio, puis de l’essentiel des localités qu’ils occupaient dans le centre et le sud du pays, notamment le port stratégique de Kismayo.

Après la mort de leur chef, un autre commandant des insurgés, Zakariya Ismail Ahmed Hersi, s’est rendu. Chargé des renseignements et des finances, il était l’un des plus hauts responsables Shebab dont la tête avait été mise à prix par les Américains. Une lourde perte pour les terroristes somaliens.

Réorganisation

Mais sous l’impulsion de leur nouveau chef, Oumar Abou Oubaïda, un proche de Godane qui dirigeait la cellule de renseignement, les Shebab ont peu à peu modifié leur modus operandi, tout en demeurant dans le giron d’Al-Qaïda et de son leader, l’Égyptien Ayman al-Zawahiri.

Il sont moins nombreux qu’en 2009 : on estime leurs partisans à moins de 5 000 hommes. Mais désormais, les Shebab s’exportent et ont créé des cellules dans les pays voisins comme la Tanzanie, l’Ouganda et le Kenya. Selon des témoins cités par la presse locale, les assaillants de l’université de Garissa parlaient anglais, swahili et n’étaient pas somaliens.

>> Lire aussi : dix choses à savoir sur Ahmed Umar Abou Oubaïda, le nouveau chef des Shebab

"La capacité interne à remplacer les chefs démontre le niveau d’organisation du mouvement. On est souvent aveuglé par le terme Shebab ("jeunesse", ou "les jeunes"), mais on a affaire à un groupe qui a près de 10 années derrière lui, avec une structure très forte, liée à des réseaux d’affaire", analyse Marc Lavergne, spécialiste de la Corne de l’Afrique au CNRS.

La cible kényane

Le Kenya, pays que leur nouveau chef connaît bien puisqu’il vient du Jubaland, une zone frontalière, est une cible de choix pour les Shebab. Depuis que l’armée kényane est entrée en Somalie pour combattre les islamistes, en octobre 2011, ces derniers ont multiplié les attentats dans le pays d’Uhuru Kenyatta.

Ils ont, entre autres, revendiqué une série de raids nocturnes sur des villages de la côte en juin-juillet 2014 (au moins 96 personnes froidement exécutées). Et, en septembre 2013, le spectaculaire assaut contre le centre commercial Westgate de Nairobi dont le modus operandi rappelle celui de l’attaque de jeudi : un commando réduit, munis d’armement léger et prenant durablement le contrôle d’un bâtiment rempli de nombreux civils. Fin novembre, ils exécutaient 28 passagers d’un bus – essentiellement des professeurs – près de Mandera.

Les Shebab disposent de relais et de sympathisants locaux. "Ils profitent de la situation de la communauté somalie au Kenya, de confession musulmane dans un pays majoritairement chrétien, toujours mal vu et mal intégrée", explique Marc Lavergne.

>> Lire aussi : Nairobi à nouveau dans la crainte des islamistes Shebab

Certains estiment également que la politique sécuritaire des autorités favorise l’extrémisme religieux. De nombreux raids ont été menés par les forces de sécurité dans des mosquées de Mombasa (Est) considérées comme radicales. Les méthodes brutales de l’unité antiterroriste de la police (ATPU) ont été dénoncées.

L’ONG de défense des droits de l’homme Human Rights Watch a notamment fait état de "preuves solides" que l’ATPU "est à l’origine d’une série d’exécutions extrajudiciaires et de disparitions forcées" ainsi que d’arrestations arbitraires et de cas de mauvais traitement de suspects. De quoi créer de nouvelles vocations de terroristes ?
 

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