Elections

Burkina – Djibrill Bassolé : « Oui, je vais annoncer ma candidature à la présidentielle »

Djibrill Bassolé, ex-chef de la diplomatie burkinabè. © Camille Millerand pour Jeune Afrique.

Djibrill Bassolé, ex-ministre des Affaires étrangères de Blaise Compaoré, ne mâche pas ses mots après le vote du nouveau code électoral, qui interdit aux partisans du président déchu de se présenter aux élections d'octobre prochain. Joint au téléphone par "Jeune Afrique", il réitère son intention de se présenter à la présidentielle.

Quelle est votre réaction au vote du nouveau code électoral par le Conseil national de transition (CNT), qui exclut les proches de l’ex-président Blaise Compaoré des élections présidentielle et législatives prévues le 11 octobre prochain ?

Djibrill Bassolé : Je désapprouve un tel vote. Le CNT n’a pas vocation à improviser des textes et à changer les règles du jeu avant la compétition. Le processus électoral est quelque chose de sacré en démocratie. Ensuite, je ne me fais pas d’illusions : il s’agit en réalité de manœuvres politiciennes visant à éliminer des adversaires dont on redoute qu’ils gagnent les élections. Mais ce contre quoi je m’insurge le plus, c’est que pendant que ce processus de modification des textes est en cours, le ministère de l’Administration territoriale et de la Sécurité fait procéder à des interpellations et des détentions arbitraires de responsables politiques, simplement en raison de leurs opinions ou de leur appartenance à tel ou tel parti. C’est profondément injuste.

Vous sentez-vous personnellement visé par cette loi ?

Non, je ne me sens pas visé. Je ne la redoute pas : je n’ai jamais rien fait qui puisse être répréhensible ou tomber sous le coup de l’ancienne loi ou de ce que le CNT considère comme la nouvelle loi. Je n’ai participé à aucune modification constitutionnelle et je ne suis pas putschiste.

Allez-vous tout de même annoncer votre candidature à l’élection présidentielle ?

Bien sûr, plus que jamais, j’annoncerai ma candidature. Je continue mes consultations avec les formations politiques et les acteurs de la société civile en vue de me présenter à la présidentielle. Le débat politique au Burkina a besoin d’être enrichi. Là, nous reculons de trente ans en arrière quand on voit comment le CNT et le ministère de l’Administration territoriale se comportent. Nous sommes en train de revenir sur nos acquis démocratiques et républicains.

Quand allez-vous annoncer votre candidature ?

D’ici la fin du mois d’avril, ce sera chose faite.

À Ouagadougou ?

Oui.

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Que ferez-vous si on vous empêche de vous présenter ?

Je continuerai le combat politique. Ils ne peuvent pas prétendre construire la démocratie et la stabilité sur ces bases. Il nous appartiendra de dénoncer ce genre de comportement et de faire en sorte que les institutions évoluent dans le bon sens.

Avez-vous volontairement attendu pour vous déclarer candidat car vous saviez qu’une modification du code électoral était en préparation au CNT ?

Non, pas du tout. Je ne pouvais pas imaginer que des démocrates puissent poser de pareils actes. Maintenant, je ne suis pas surpris que des partis politiques adverses, qui en réalité gèrent aujourd’hui la transition, veuillent éliminer des candidats. Les mêmes acteurs sont aux commandes depuis le Front populaire. Ils n’ont pas le réflexe de la compétition. Pour eux, il faut éliminer les candidats, soit juridiquement, soit même physiquement. Aujourd’hui, ce processus est de retour. Personne ne peut accepter ces méthodes. Nous sommes dans un État de droit, il y a des principes républicains et nous devons nous y conformer.

Qui visez-vous quand vous parlez de ces adversaires ?

Suivez mon regard. Ceux qui étaient au Front populaire sont bien connus.

Le Conseil constitutionnel doit-il valider une telle loi ?

Je souhaite que non, pour le bien du pays, pour la cohésion nationale, et pour que le Burkina projette une image de démocratie en dehors de ses frontières. Je souhaite aussi que le président de la transition, à qui reviendra les prérogatives de promulguer ce texte, puisse le faire en pleine connaissance de cause.

Jusqu’où faut-il aller dans l’exclusion des proches ou partisans de Blaise Compaoré ?

Il ne faut même pas s’engager dans ce débat, qui va profondément diviser la société burkinabè. Il me semble que les objectifs de l’insurrection ont été atteints. Elle visait à empêcher que l’article 37 soit révisé : c’est réussi. Elle visait à empêcher que le président Compaoré se présente à nouveau aux élections : c’est réussi. Il n’est même plus au Burkina Faso. De là à vouloir pousser l’avantage jusqu’à éliminer des concurrents politiques éventuels, je pense que certains tirent un peu trop sur la ficelle. Ils vont finir par compromettre la bonne réussite de la transition. Ils sont en train, petit à petit, de reproduire les excès qu’ils ont reprochés à l’ancien régime. Et comme les mêmes causes produisent les mêmes effets, ils ne pourront s’en prendre qu’à eux-mêmes.

Avez-vous des nouvelles de vos proches arrêtés ces derniers jours ?

Je suis constamment au téléphone avec mes proches. Des personnes qui se mobilisent pour soutenir ma candidature sont interpellées et détenues au moment même où le CNT est en train de voter cette loi. Ce qui est en train de se passer est gravissime. C’est quasiment de la persécution et ce n’est pas acceptable. Qu’on ne vienne pas me dire que tout ça est fait pour le bien de la démocratie et de l’alternance. Et puis quoi encore ? Il y a des libertés et des droits fondamentaux que nous devons tous promouvoir et que la transition a l’obligation de protéger. 

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