Sport

CAN 2017 : pourquoi la candidature de l’Algérie a échoué

Mohamed Raouraoua, le président de la Fédération algérienne de football. © Fadel Senna/AFP

La CAF a annoncé mercredi 8 avril que le Gabon avait été choisi pour l'organisation de la CAN 2017. Un échec pour la candidature de l'Algérie et un séisme pour le sport national de ce pays passionné de football. Explications.

Déception, frustration, humiliation… Les Algériens ne décolèrent pas au lendemain de la décision de la CAF de ne pas attribuer à leur pays l’organisation de la CAN 2017, qui se tiendra finalement au Gabon. Le ressentiment et l’amertume sont d’autant plus grands que les dirigeants, notamment Mohamed Tahmi, le ministre de la Jeunesse et des Sports, ainsi que le président de la FAF (Fédération algérienne de football), l’inamovible Mohamed Raouraoua, ont laissé croire à l’opinion qu’ils disposaient d’arguments solides pour obtenir l’organisation de cette compétition, vingt-cinq ans après l’édition de mars 1990.

"L’Algérie a un dossier solide", expliquait le 21 octobre dernier M. Tahmi. Au Caire, où il se trouvait mercredi 8 avril pour défendre la candidature de son pays, ce dernier répétait peu de temps après l’annonce officielle des résultats de vote que "le dossier algérien était de loin le meilleur."

Sur les réseaux sociaux, notamment Facebook dont l’Algérie compte plus de 8 millions d’utilisateurs, cet échec a suscité une avalanche de commentaires ironiques ou dépités. "Raouraoua a plus de talent pour gérer ses intérêts propres que ceux du football algérien", écrit un internaute. "Je ne vois pas pourquoi vous êtes tristes à cause de la CAN ? Il reste encore la Coupe du monde et l’Algérie a les capacités d’organiser deux coupes du monde !", ajoute un autre, faisant allusion aux propos tenus par le président Bouteflika lors de la campagne électorale pour la présidentielle de 2009. Devant un parterre de sympathisants, le chef de l’État affirmait sans rire : "Les infrastructures existent, les institutions existent, les moyens alloués au sport sont disponibles aux quatre coins du pays. Vous ne savez pas probablement, mais aujourd’hui votre pays a la capacité d’’accueillir deux Coupes du monde, deux et pas une…"

"Échec cinglant pour le sport national"

La presse n’est pas en reste. Certains commentateurs pointent du doigt l’inefficience de la mobilisation algérienne, alors que le pays compte 39 millions d’habitants et que le football y est une véritable passion. "Ce choix du Gabon signifie quelque part aussi que le travail des coulisses et de lobbying a eu son effet dans ce vote, écrit le quotidien Le Buteur. Le président Raouraoua qui a tout fait pour faire triompher la candidature de l’Algérie face au Gabon et au Ghana après le désistement de l’Égypte, n’a pas réussi finalement son pari." D’autres estiment que le patron de la FAF, dont la tête est désormais réclamée, n’est pas seul comptable de ce revers. "C’est un échec cinglant pour le sport national, d’autant plus que cette candidature était soutenue par les plus hautes autorités du pays, puisque le ministre des Sports lui-même est présent en Égypte, analyse de son côté le site Impact24. De plus, l’Algérie ne pourra plus organiser ce plus important événement footballistique africain avant 2025."

Le dossier était solide, à en croire les autorités, mais les contre-arguments pour justifier le rejet de la candidature algérienne ne manquent pas. L’insécurité en est un. Pas étonnant dès lors que les opposants aient appuyé dessus. Selon le quotidien L’Equipe, Issa Hayatou, président de la CAF, a "insisté, auprès des 14 votants, sur le volet sécuritaire en rappelant le nombre de policiers blessés lors de chaque journée de championnat local."

Le décès du joueur camerounais Albert Ebossé en août 2014 à Tizi Ouzou est, hélas, l’illustration d’un phénomène de violence endémique dans le football algérien.

Débordements de supporteurs, bagarres dans les tribunes, saccages de gradins pendant et après les matchs, il ne se passe pas un week-end sans que le championnat algérien ne soit émaillé d’incidents plus ou moins graves. Le décès du joueur camerounais Albert Ebossé, attaquant de la JSKabylie, mortellement touché par un projectile le 23 août 2014 alors qu’il regagnait les vestiaires du stade de Tizi Ouzou, en est, hélas, la parfaite illustration. Le phénomène a pris de telles proportions que le gouvernement a été contraint d’annoncer, quelques semaines après la mort ce drame, un plan national pour lutter contre les violences qui gangrènent le football national.

Problèmes d’infrastructures

Si le volet sécurité a pesé lourd lors du vote, la rareté de stades de dimension internationale n’est pas non plus le moindre des reproches formulés à l’égard de l’Algérie. Certes le pays a mis en avant la disponibilité de quatre stades (deux dans la capitale et deux autres à Oran et Annaba), mais il semble que les lenteurs dans les délais de livraison aient été rédhibitoires. Fermé pour travaux depuis septembre 2013 après l’effondrement d’une partie des gradins causant le décès de deux personnes, le Stade du 5 Juillet, sur les hauteurs d’Alger, est toujours en rénovation. Celui de Tizi Ouzou, d’une capacité de 50 000 places pour un budget de 350 millions d’euros, est encore en chantier alors qu’il devait être livré en 2012.

Certes, ce dernier stade ne figurait pas dans le dossier, mais les retards cumulés dans les travaux de réalisation ainsi que le différend opposant le constructeur local, le groupe privé ETHRB d’Ali Haddad, président du patronat algérien, avec son partenaire dans ce projet, l’entreprise espagnole FCC Construccion, fragilisent la candidature algérienne. Certes encore, les autorités ont fait valoir l’existence d’un aéroport international à Alger et d’une chaîne hôtelière de standing (Sheraton, Hilton, Marriott, Sofitel…), mais le manque d’attractivité du pays en matière de tourisme a joué en sa défaveur.

Si les Algériens se réveillent avec la gueule de bois après leur élimination de l’organisation de la CAN 2017, il y en un que cette décision n’a pas du tout surpris. En février dernier, Mustapha Berraf, président du Comité olympique algérien (COA), l’annonçait déjà : "L’Algérie a perdu l’organisation de la CAN 2017, révélait-il. Selon mes informations, c’est le Gabon qui organisera cette compétition."

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