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Politique

Bénin : Les enfants terribles

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Par  François Soudan

François Soudan est directeur de la rédaction de Jeune Afrique.

Vingt-cinq ans après la Conférence nationale qui fut un modèle pour toute l’Afrique francophone, le laboratoire bouillonnant de la démocratie béninoise a du vague à l’âme. Seul un praticien spécialiste des rapports entre psyché et pouvoir pourrait nous expliquer pourquoi la convivialité légendaire des descendants de Guézo et de Béhanzin unissant leurs doigts pour boucher les trous de la jarre commune a cédé le pas à ce climat délétère, fait de défiance et de soupçons permanents, qui étonne tous les observateurs des moeurs politiques béninoises.

Rien n’est plus significatif à ce sujet que la polémique persistante sur les intentions de Thomas Boni Yayi pour l’élection présidentielle de 2016. Le chef de l’État, 62 ans, au pouvoir depuis avril 2006, a beau répéter qu’il ne s’y présentera pas, personne ou presque ne le croit, ni à Cotonou, ni à Paris, ni ailleurs. Motif : son projet de réforme de la Constitution déposé peu de temps après son arrivée au pouvoir devant le Parlement, retiré en novembre 2014, mais qui pourrait bien, si la majorité présidentielle remporte les législatives du 26 avril, être à nouveau à l’ordre du jour.

Sur le papier, cette demande de révision est on ne peut plus vertueuse. Qui oserait s’opposer, au nom de la démocratie, à ce que la Cour des comptes, la Commission électorale nationale autonome, l’imprescriptibilité des crimes économiques et le respect des principes fondamentaux édictés par la Conférence nationale soient gravés dans le marbre ?

Ni l’article 42 (limite d’âge pour les candidats à la présidentielle) ni l’article 44 (limitation à deux du nombre de mandats) ne sont concernés par ce projet. Et l’on peut fort bien comprendre qu’un chef d’État désireux de sortir par la grande porte ait besoin de laisser une trace indélébile de son passage.

>> Lire aussi : Trois questions sur les prochaines élections au Bénin

Mais nous sommes au Bénin, et, chez les enfants terribles du Quartier latin de l’Afrique, la méfiance et la suspicion sont comme une seconde nature. En l’occurrence, si Boni Yayi tient tant à réviser la Constitution, c’est qu’il a en tête un changement de République, lequel aura pour conséquence de remettre à zéro son compteur mandats.

Peu importe si l’intéressé n’a donné aucun signe en ce sens, le doute sur ses arrière-pensées et le procès d’intention ont aux yeux des politiciens béninois un double avantage : celui d’être démagogiquement, mais aussi financièrement, rentables.

Nul n’ignore en effet que, derrière la pléthore de défections enregistrées ces derniers mois dans le camp présidentiel, se profile l’ombre de l’homme d’affaires Patrice Talon, lequel entretient depuis Paris tout ce qui, de près ou de loin, fragilise son ancien obligé devenu son ennemi intime.

On ne jurera pas que Thomas Boni Yayi ait jamais nourri le secret désir de rempiler au palais de la Marina au-delà de 2016, ni que, dans son entourage familial, certains l’y incitent encore. Mais une chose est sûre : à moins de tenter de passer en force via un coup d’État et un régime d’exception, ce qui serait proprement suicidaire, une telle perspective est impossible.

Plutôt que de tout faire pour le pousser à la faute, l’opposition – surtout celle de la vingt-cinquième heure – serait mieux avisée d’accompagner en douceur le chef de l’État vers le terme constitutionnel de son ultime mandat, en avril 2016. Encore faudrait-il pour cela que la calebasse politicienne béninoise exhale autre chose qu’un lourd fumet d’égocentrisme.

 

Retrouvez tous les articles de notre dossier : Bénin, l’enfant terrible

© PIERRE VERDY / AFP

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