Défense

Kenya : Kenyatta sous pression après l’attaque de Garissa

Uhuru Kenyatta est très critiqué pour sa gestion de la sécurité du Kenya.

Uhuru Kenyatta est très critiqué pour sa gestion de la sécurité du Kenya. © Siphiwe Sibeko/AP/SIPA

Après l’attaque meurtrière contre l’université de Garissa, il est urgent pour le président kényan de réduire le danger terroriste – au lieu de le minimiser en espérant faire revenir les touristes…

"Le Kenya est aussi sûr que n’importe quel autre pays ! Les avertissements que nos amis [occidentaux] adressent aux voyageurs ne sont pas fondés", martelait Uhuru Kenyatta le 1er avril, après s’être dit "lassé" par les recommandations alarmistes faites par le Royaume-Uni à propos du Kenya.

Comme un coup du sort, le lendemain, l’actualité lui répondait douloureusement. À Garissa, dans l’est du pays, un petit commando se revendiquant des Shebab somaliens s’attaquait à un campus universitaire, laissant s’enfuir les musulmans et tuant les autres. Bilan provisoire : 147 morts.

"Londres ne s’était pas trompé en rehaussant son niveau d’alerte sécurité pour le Kenya, analyse une source diplomatique française. Et Paris en fera sans doute autant." Ce qui n’augure rien de bon pour le tourisme, deuxième ressource du Kenya et enjeu politique majeur pour le président, qui peine à redonner au pays son attractivité d’antan, celle d’avant l’attentat contre l’ambassade américaine à Nairobi, en 1998, revendiqué par la nébuleuse Al-Qaïda (213 morts), et la spectaculaire attaque du centre commercial Westgate en 2013 par les Shebab (67 morts).

Au premier semestre 2014, le tourisme a chuté de plus de 13 %. L’enjeu est tel que, commentant à chaud l’attaque de Garissa, Joseph Nkaiserry, le ministre de l’Intérieur, a minimisé la menace : "Ce qui s’est produit aujourd’hui aurait pu arriver dans n’importe quel pays", a-t-il déclaré, contre toute évidence. De fait, ces derniers mois, plusieurs attaques d’islamistes somaliens, dans des villages côtiers ou à l’encontre de voyageurs, ont fait plus d’une centaine de morts.

Écoutes.

À la suite de l’un de ces raids, le président avait limogé, début décembre, le ministre de l’Intérieur, Joseph Ole Lenku, et "accepté la demande de mise à la retraite" du chef de la police, David Kimaiyo. Dans la foulée, Kenyatta, très contesté par l’opposition, qui le juge incapable de faire face à la menace islamiste, avait promulgué de nouvelles lois sécuritaires, facilitant les écoutes téléphoniques et portant à trois cent soixante jours la durée de détention sans inculpation de suspects "d’actes terroristes".

Certains points du texte portant atteinte aux droits de l’homme ont toutefois été suspendus par la justice, comme l’article rendant passible de trois ans de prison et de 55 000 dollars d’amende la publication sans autorisation d’articles qui "gênent l’enquête ou des opérations de lutte contre le terrorisme". Tout cela n’a pas empêché les exactions de continuer.

Ce 2 avril, la frappe a simplement changé de cible. Jusqu’alors, les zones les plus sensibles comprenaient la capitale, la côte et la frontière avec la Somalie, où la sécurité avait été largement renforcée. La stratégie a fonctionné dans ces régions : sur la route de Mandera (Extrême-Nord), un véhicule chargé d’explosifs a encore été intercepté en mars ; et, à Nairobi, plusieurs projets d’attentats ont été déjoués. Mais elle a déplacé le problème : Garissa était une localité vraisemblablement peu contrôlée, bien que facile d’accès depuis la Somalie.

La plupart de ces attaques ont la même cause : l’engagement militaire du Kenya en Somalie, que les Shebab ont juré de venger. Avec un brin d’humour noir, une caricature bien connue à Nairobi met en scène les troupes kényanes passant la frontière somalienne, saluant au passage les terroristes en marche dans le sens inverse… Une caricature dramatiquement réaliste qui ressemble au pire cauchemar de Kenyatta. 

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