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Cet article est issu du dossier «Maghreb, les invasions barbares»

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Sécurité

Tunisie : l’école, premier rempart contre l’obscurantisme

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Les tunisiens manifestent leur dégoût du terrorisme.

Les tunisiens manifestent leur dégoût du terrorisme. © Hichem Jouini/AP/SIPA

Pourquoi tant de jeunes éduqués, comme l’un des tueurs du Musée du Bardo, partent combattre en Syrie ? Une partie de la réponse se trouve peut-être dans la faillite du système éducatif. Analyse.

Trois mille. C’est le nombre de jihadistes tunisiens partis combattre en Syrie, ressassé à l’envie après l’attentat du Bardo, le 18 mars. La Tunisie est devenue l’un des premiers exportateurs mondiaux de jihadistes. Pourtant, même si son modèle économique s’essouffle, et même si son État est fragilisé depuis la révolution de 2011, elle reste à bien des égards une exception dans le monde arabe. C’est le pays où la classe moyenne est le plus large, le plus développée, et où l’analphabétisme a le plus reculé.

Depuis l’indépendance, l’État avait massivement investi dans l’éducation, qui absorbait annuellement entre le quart et le tiers de son budget. Mais la victoire d’Ennahdha et de ses alliés, en octobre 2011, a coïncidé avec un déferlement sans précédent de prédicateurs obscurantistes, venus prêcher la bonne parole salafiste. Les autorités de l’époque ont fait preuve d’un laxisme coupable à l’égard de cette mouvance, dont ils ont sous-estimé la dangerosité.

Les faits sont têtus. Mais ils ne permettent pas d’expliquer pourquoi autant de jeunes sans histoire et sans intérêt particulier pour la politique ont pu basculer, en si peu de temps et si facilement, dans le terrorisme et la haine indiscriminée de l’autre. Pointer du doigt la pauvreté, la stigmatisation sociale ou encore la dictature de Ben Ali (qui "empêchait les croyants de pratiquer leur religion") ne suffit pas.

Yassine Laabidi, l’un des deux terroristes tués dans l’attaque du musée le 18 mars vivait à El-Omrane Supérieur. Ce quartier de Tunis n’est pas spécialement un bidonville ou une zone de relégation. La famille Laabidi était socialement insérée. Yassine avait fait des études et travaillait. Et nombre de jihadistes présentent le même profil. La radicalisation frappe des pans entiers de la jeunesse, guette toutes les familles tunisiennes.

Le mal n’est pas uniquement social. Il est culturel. On a tendance à rejeter la faute sur une interprétation littéraliste de la religion. L’excuse est un peu courte. Il faut aussi avoir le courage d’incriminer l’école. Celle-ci a pour mission de former et d’éveiller les consciences. Si les esprits se laissent aussi facilement subjuguer par les discours qui confondent volontairement le bien et le mal avec le licite et l’illicite, c’est donc qu’elle a failli.

L’école n’a pas été capable de promouvoir une "morale humaniste", sécularisée et autonomisée de la religion, qui constitue le meilleur rempart contre la violence sectaire. Il faudrait reprendre le chantier de la réforme de l’éducation là où l’avait laissé le ministre Mohamed Charfi, en 1994. Ce devrait être la priorité des priorités aujourd’hui. Mais qui s’en soucie ? Personne, et certainement pas les enseignants du secondaire, qui entament leur sixième semaine de grève corporatiste…

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