Elections

Présidentielle américaine : Hillary Clinton dans les starting-blocks

Avril 2012, la secrétaire d'État débarque à Paris. © Jacquelyn Martin/Reuters

L'ex-First Lady s'apprête à annoncer sa candidature à la présidentielle de 2016. Sa désignation par le Parti démocrate ne sera qu'une formalité. Mais la suite s'annonce plus compliquée.

Selon les médias américains, Hillary Clinton devrait annoncer incessament sa candidature à la présidentielle de 2016. Fin d’un suspense… qui n’en est pas vraiment un. Tous les acteurs potentiels du futur scrutin ont en effet intégré depuis longtemps la candidature de l’ex-First Lady. La meilleure preuve ? C’est à elle que les républicains réservent leurs piques les plus acérées…

Hillary sort d’une période de fortes turbulences. Il y a d’abord eu la controverse sur les e-mails qu’elle envoya à partir de son compte privé à l’époque où elle dirigeait le secrétariat d’État – ce qui contrevenait aux plus élémentaires règles de sécurité. Résultat ? Des milliers d’e-mails perdus et une crédibilité entamée. Et sa conférence à l’ONU, le 10 mars, au cours de laquelle elle est apparue raide et sur la défensive, n’a rien arrangé. Tout le monde le sait : Mrs Clinton n’a ni le charisme ni le bagout de son mari. La manière un rien hautaine dont elle a géré ce miniscandale a renforcé le sentiment né durant sa désastreuse première campagne présidentielle : ses qualités de manager laissent à désirer.

Très fidèle en amitié (elle n’a jamais désavoué sa conseillère Huma Abedin malgré les frasques de son mari, l’ancien parlementaire Anthony Weiner), Hillary a du mal à faire le tri dans son entourage pléthorique. Sa campagne de 2008 fut par exemple un véritable barnum.

Âpreté au gain

Elle pâtit également des critiques visant la Fondation Clinton, désormais codirigée par Chelsea, sa fille. Alors que cette respectable institution est censée défendre partout dans le monde les droits de l’homme et de la femme, elle a reçu des fonds de pays qui n’en sont pas forcément des parangons : Oman, Brunei, l’Arabie saoudite…

Depuis 2001, ce dernier pays lui aurait fait don de 10 milliards de dollars (environ 9,3 milliards d’euros). Ça fait désordre. Autre reproche souvent adressé à Hillary : son âpreté au gain. Il est vrai qu’elle empoche 200 000 dollars par discours prononcé à titre privé. Et qu’en janvier 2014 elle n’a pas hésité à prendre la parole devant… l’Association nationale des concessionnaires automobiles.

La meilleure preuve de l’omniprésence de Hillary est la virulence des attaques dont elle fait l’objet.

Premier républicain à s’être officiellement lancé dans la course à la présidence, le sénateur Ted Cruz s’en est récemment amusé : non, a-t-il déclaré devant un auditoire hilare, Mrs Clinton ne pourra assister au raout de tel groupe conservateur. Parce qu’aucun pays étranger ne souhaite prendre en charge ses frais de participation !

Quant aux millions d’Américains de la classe moyenne aux prises avec de graves difficultés financières, ils n’ont sûrement pas oublié que, lors de leur départ de la Maison Blanche, elle avait déclaré qu’elle et son mari étaient "fauchés comme les blés". Et puis les fantômes du passé ont récemment refait surface sous les traits de Monica Lewinsky – 41 ans aujourd’hui. L’ex-stagiaire de la Maison Blanche a publié un texte dans Vanity Fair, puis donné une longue interview au New York Times pour rappeler la dureté avec laquelle les époux Clinton l’avaient traitée.

Le bulldozer est lancé

Qu’importe, le bulldozer Hillary est lancé. Il l’est en réalité depuis 2013, date de la création de Ready for Hillary, le super Pac chargé de collecter des fonds pour sa campagne, et la publication, en juin 2014, de ses Mémoires (Le Temps des décisions).

Malgré des ventes décevantes et les critiques qu’il a suscitées, ce livre a quand même renforcé sa stature de chef d’État. Selon toute vraisemblance, c’est dans le quartier de Brooklyn, à New York, que sera implanté le QG de campagne. Quant au staff dirigeant, il devrait être conduit par John Podesta, un ancien conseiller de l’actuel président. D’autres Obama Boys seront d’ailleurs appelés à jouer un rôle de premier plan.

Parmi eux, Jim Messina, qui dirige le super Pac Priorities USA. Cette arrivée en masse des fidèles d’Obama n’est d’ailleurs pas sans créer des tensions avec les vieux compagnons de route des Clinton. L’un d’eux vient de démissionner avec fracas, en expliquant que Messina colportait les pires rumeurs à son sujet. Bonjour l’ambiance !

Mais la meilleure preuve de l’omniprésence de Hillary est la virulence des attaques dont elle fait l’objet. Les républicains n’ont pas renoncé à la coincer à propos de la destruction du consulat américain de Benghazi, en 2012. Les éléments à charge sont pourtant peu nombreux, et les fameux e-mails n’ont révélé à ce sujet aucune tentative de dissimulation de la part de l’administration.

L’ex-secrétaire d’État devrait prochainement être entendue par le comité d’enquête ad hoc de la Chambre des représentants. Tous les candidats républicains présumés ont fait de Mrs Clinton leur cible de prédilection. Rand Paul, le sénateur du Kentucky, exige par exemple qu’elle restitue les dons faits par les gouvernements étrangers à sa fondation. Mais tout glisse sur Hillary, quasi assurée d’être désignée à l’issue de la primaire démocrate. Selon les premiers sondages, elle l’emporterait avec 60 % des suffrages. Voire avec 75 %, si l’on en croit le New York Times.

Plafond de verre

Il est vrai que bien peu de démocrates sont désireux de se mesurer à elle. Seule exception : Martin O’Malley, l’ancien gouverneur du Maryland. En revanche, vaincre le candidat républicain, en novembre 2016, ne sera pas une mince affaire. Le Grand Old Party compte en effet dans ses rangs des outsiders de premier plan comme Jeb Bush ou le gouverneur Scott Walker.

Très proche des milieux d’affaires, Hillary n’en affecte pas moins de reprendre le flambeau de la lutte contre les inégalités.

Mais Mrs Clinton ne manque pas d’arguments. Les Américains seront-ils tentés d’envoyer pour la première fois une femme à la Maison Blanche ? Contrairement à 2008, elle semble résolue à jouer de cet atout-là. Elle rappelle volontiers qu’elle est l’une des rares femmes politiques à avoir brisé le fameux "plafond de verre". En dépit de sa légendaire aversion pour les médias, elle n’hésite pas à s’afficher en compagnie de Charlotte, sa petite-fille de 6 mois.

La démographie lui est également favorable. Comme l’on sait, le poids électoral des minorités ne cesse d’augmenter. Or celles-ci ont tendance à voter démocrate… Quant à sa politique économique, elle est pour l’instant assez floue pour n’indisposer personne.

Très proche des milieux d’affaires, Hillary n’en affecte pas moins de reprendre le flambeau de la lutte contre les inégalités. Il s’agit avant tout de couper l’herbe sous le pied d’Elizabeth Warren, championne de l’aile gauche du Parti… Cette dernière a fait savoir qu’elle n’a nulle intention de se présenter, mais certains espèrent la faire changer d’avis.

Le problème est que son taux d’opinions favorables a plongé depuis qu’elle n’est plus secrétaire d’État : plus de 60 % en 2012, moins de 50 % aujourd’hui. Les récents scandales ont laissé des traces… Surtout, il n’est pas sûr qu’à 67 ans elle puisse représenter la soif de changement des Américains. Un constat identique pourrait d’ailleurs être fait au sujet de Jeb Bush, pour l’instant le favori des sondages côté républicain. Un duel Clinton-Bush en 2016 en fait cauchemarder plus d’un.

Reste une inconnue : Bill Clinton. Toujours très populaire, l’ancien président est toujours imprévisible. En 2008, il fut à l’origine de quelques couacs qui contribuèrent au naufrage de la candidature de son épouse. Il avait notamment minimisé la large victoire d’Obama en Caroline du Sud et qualifié l’opposition du futur président à la guerre en Irak de "plus grand conte de fées qu’il [ait] jamais entendu". Si sa santé le lui permet, Bill devrait être étroitement associé à la campagne de Hillary, tandis que Chelsea serait chargée de le surveiller comme le lait sur le feu ! 

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