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Cet article est issu du dossier «Sacré Bénin !»

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Agroalimentaire

Bénin : des jardins maraîchers au coeur des villes

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Un jardin maraîcher à Cotonou, la capitale économique du Bénin.

Un jardin maraîcher à Cotonou, la capitale économique du Bénin. © A. Perrin/Cirad

Des champs et des potagers en milieu urbain ? Oui, ça existe. Et en ce domaine les villes béninoises font figure de modèles. Exemple dans le quartier de Houéyiho, à Cotonou.

Aux abords de l’aéroport international Cardinal-Bernardin-Gantin, le long de l’une des principales artères de Cotonou, s’étend une oasis de verdure et de tranquillité, où l’air saturé de la métropole paraît presque respirable. Sur 15 ha de champs et de potagers, 337 particuliers cultivent des légumes locaux (gombos, amarantes, oignons…) ou importés (laitues, betteraves, carottes, haricots, choux, concombres…).

Le site maraîcher de Houéyiho est l’une des neuf zones d’agriculture urbaine qui ont poussé au coeur de la capitale économique. Il représente environ 45 % de la surface exploitée par les maraîchers dans la ville. Habitants de Cotonou ou des communes voisines, hommes ou femmes, jeunes ou vieux, chaque producteur y cultive sa parcelle en fonction de ses moyens. Les plus aisés ont installé des systèmes d’irrigation, les autres utilisent de bons vieux arrosoirs.

Comme en janvier 1972. À l’époque, une trentaine de maraîchers installés à Porto-Novo et désireux d’étendre leurs activités se tournèrent vers ce terrain vierge appartenant à l’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar (Asecna) et y prirent leurs quartiers avec l’accord de l’autorité aéroportuaire et de la mairie de Cotonou.

Environ 60 % de la production sert ) nourir les maraîchers et leur famille, le reste est vendu.

Le doyen de la coopérative, André Deguenon, 62 ans, était présent aux premières heures de ce projet un peu fou. « J’avais quitté mon village de Zakota [dans le Zou, dans le sud du Bénin] à 18 ans pour apprendre un métier à Cotonou, se souvient-il, marquant une pause le temps qu’un avion atterrisse. L’agriculture m’a offert un cadre, elle m’a sauvé la vie. »

Les jardins de Houéyiho, qu’il a vus naître, ont bien grandi. Aujourd’hui, plus une seule parcelle n’est disponible. Le terrain est divisé en cinq zones, et leurs jardiniers regroupés en cinq coopératives – Grâce-de-Dieu, Wanyianan, Kponhami, Semevo et Enagnon -, dont les présidents sont élus pour trois ans. Certains ont adhéré au Syndicat national des maraîchers du Bénin. Des étudiants de plusieurs universités du pays viennent même se former auprès d’eux.

Les fertilisants (compost, fientes de volailles) sont fabriqués et vendus sur place. Environ 60 % de la production sert à nourrir les cultivateurs et leur famille, le reste est vendu et permet de se procurer d’autres produits. « Nous faisons vivre près de 3 000 personnes directement ou indirectement », explique Charles Bewa, président du Réseau des maraîchers de Houéyiho (depuis 2012) et du Réseau africain des maraîchers éco-santé (Rames), qui regroupe des cultivateurs du Bénin, du Burkina Faso, du Togo, du Mali, du Niger, du Sénégal et de la Côte d’Ivoire.

Ecoresponsable

Cet imposant trentenaire organise chaque année des colloques sur l’avenir du maraîchage. Son dernier défi : sensibiliser les agriculteurs aux dangers de l’usage non maîtrisé de certains intrants et pesticides. « Nous voulons que le site devienne entièrement biologique et écoresponsable », espère-t-il.

Charles Bewa est fier de la coopérative. Mais aussi inquiet. L’avenir du site repose en effet sur le bon vouloir de l’Asecna, qui, si elle le tolère depuis plus de quarante ans, s’alarme d’une telle densité d’activités juste dans l’axe d’atterrissage des avions. L’autorité aéroportuaire a d’ailleurs plusieurs fois essayé de mettre fin à l’occupation de ces parcelles, notamment lors du Sommet de la francophonie, en 1995. « Si on nous demande de partir, nous ne pourrons pas nous y opposer », reconnaît Charles Bewa. En attendant, la coopérative s’évertue à trouver une solution de repli… au cas où.

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