Agroalimentaire
Une ferme agro-industrielle dans la région du Katanga, en République Démocratique du Congo © Gwenn Dubourthoumieu/J.A.

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Agriculture : consommer local, mission impossible ?

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Économie

Pour exporter plus, PHP doit soigner l’image de ses bananes

Face à la concurrence des producteurs sud-américains et aux critiques des ONG, la filiale camerounaise de la Compagnie fruitière de Marseille fait évoluer ses pratiques environnementales et sociales.

Mis à jour le 30 mars 2015 à 19:07

Dans les unités de traitement, les employés en conditionnent 152 000 tonnes par an. © Fernand Kuissu

Le soleil qui darde ses rayons sur les vastes étendues de bananeraies est tempéré par la fraîcheur qui parcourt la plaine de Njombé. Une trentaine d’employés de la Société des plantations du Haut-Penja (PHP) s’affairent dans l’une des 20 stations de conditionnement du domaine pour préparer des colis qui seront expédiés vers le port de Douala, à une soixantaine de kilomètres. Rien ne semble pouvoir troubler la quiétude ambiante.

Surtout pas le retrait, en mai 2014, de Dole, le géant américain de la production de fruits, du capital de la maison mère de PHP, la Compagnie fruitière de Marseille. Le leader camerounais de la banane, avec 152 000 tonnes récoltées annuellement (soit 51 % de la production nationale), affiche même des ambitions à la hausse.

JA2829p075 infoIl a déjà planté une centaine d’hectares de bananiers à Dehane, dans le sud-est du pays, dont il récoltera les premiers fruits début septembre. Et va investir près de 20 millions d’euros pour créer 800 ha de bananeraies afin d’accroître sa production de 40 000 t par an dès 2017.

PHP répond ainsi à l’ambition gouvernementale qui vise une production nationale de 500 000 t en 2020 (contre plus de 300 000 t actuellement). « Nous contribuerons à hauteur de 60 000 à 70 000 t à cette augmentation », confirme Armel François, qui se demande toutefois si le marché européen, unique débouché de la banane camerounaise, pourra absorber cette offre supplémentaire.

En attendant, le producteur semble plutôt en forme. Son chiffre d’affaires s’est établi à 62 milliards de F CFA (95 millions d’euros) en 2014 (+ 7,8 % sur un an). Ses exportations continuent de progresser. Elles sont passées de 135 300 à 152 000 t sur les deux dernières saisons, et l’objectif de 165 000 t est en ligne de mire pour la fin de l’année. « Ces résultats ont été obtenus grâce à une amélioration de nos rendements de 10 % au cours des trois dernières années. Ce qui nous situe actuellement à 46 t par hectare », se réjouit Armel François.

Si l’horizon semble pour le moment dégagé à Njombé, quelques nuages font toutefois leur apparition. L’engorgement du port de Douala n’a certes pas entravé les exportations du fait d’une priorité d’accostage dont l’entreprise bénéficie pour les deux embarquements hebdomadaires. Cependant, l’approvisionnement en intrants chargés dans des navires en provenance d’Amérique latine a souffert de cette congestion.

Déséquilibre

Mais la menace la plus sérieuse vient de Bruxelles. Bénéficiant du programme MAB (mesures d’accompagnement « bananes ») de l’Union européenne (UE), les producteurs africains assistent à la remise en cause des aides – qui s’ajoutent aux exemptions de taxes à l’importation – dont ils bénéficiaient pour leurs exportations vers l’Europe. La Commission européenne rechigne à apporter les 10 millions d’euros promis pour porter l’enveloppe à 200 millions d’euros, et a annoncé que le programme ne sera pas prolongé après 2020.

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Ces aides avaient été mises en place pour compenser le choc de compétitivité provoqué par l’allègement des droits de douane auxquels sont soumis les producteurs d’Amérique latine. Les taxes prélevées sur la « banane dollar », qui étaient de 132 euros la tonne en 2014, passent à 110 euros cette année et devraient baisser à 75 euros d’ici à la fin de la décennie.

« Le danger, c’est que les producteurs sud-américains exigent de diminuer encore les droits d’importation », prévient Denis Loeillet, le directeur de l’observatoire des marchés au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), à Paris. Le risque de voir les multinationales américaines engager une guerre des prix – qui serait dévastatrice pour les producteurs du continent – n’est pas exclu.

Pour PHP, le salut réside sans doute en partie dans une démarche qualitative. La société a obtenu les certifications ISO 14001 pour la protection de l’environnement, Global Gap pour la sécurité des consommateurs et la protection des employés sur le lieu de travail, et le label Fair Trade (commerce équitable). L’objectif est d’écouler 20 000 cartons Fair Trade annuellement.

« Ces initiatives que mène PHP depuis quelques années sont à même de répondre à la demande du marché européen et de préserver les marges à un moment où elles ont tendance à s’éroder, estime Denis Loeillet. Par ailleurs, l’investissement dans le commerce équitable permet d’accéder aux réseaux des grandes chaînes de distribution, notamment britanniques, qui absorbent de grandes quantités de ces produits certifiés. » De plus, pour chaque carton de bananes vendu dans le circuit Fair Trade, 1 dollar est versé sur un compte bancaire géré par les travailleurs pour financer des réalisations sociales au sein des communautés locales.

Audits

Ces certifications coûtent chaque année 1,2 million d’euros à PHP. L’évolution des modes de production était aussi devenue une obligation pour l’entreprise, dont la réputation a été mise à mal en raison de « ses pratiques sociales et environnementales datant de l’époque coloniale », selon des ONG telles que le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD), Oxfam-Agir ou Transparency Cameroon. La charge a porté atteinte à l’image de la société – sans pour autant affecter ses résultats, reconnaît-on à Njombé.

« Nous ne sommes peut-être pas parfaits, mais ces organisations n’ont pas pris la peine d’apprécier les progrès réalisés du point de vue des conditions de travail et de vie des employés, se désole Armel François. D’autre part, en dépit de notre engagement auprès des communautés vivant près de nos plantations, il est impossible de satisfaire les doléances de plus de 250 000 personnes. »

Les reproches faits à PHP ne sont pas toujours fondés, notamment sur le niveau des salaires versés qui sont supérieurs à ceux pratiqués par l’entreprise publique Cameroon Development Corporation dans ses plantations. Ils ont toutefois incité l’entreprise à faire évoluer ses pratiques, par exemple en prenant des mesures pour limiter les conséquences sanitaires des traitements répandus par avion ou en autorisant une représentation syndicale. Prochaine étape : la conquête du label Ethical Trading Initiative. Pour faire rimer bénéfices avec éthique.

Par Omer Mbadi, à Yaoundé