Politique

France : à Béziers, Robert Ménard entretient la nostalgie de l’Algérie française

| Par Jeune Afrique
Robert Ménard multiplie les sorties xénophobes depuis son élection à la mairie de Béziers.

Robert Ménard multiplie les sorties xénophobes depuis son élection à la mairie de Béziers. © Alain Robert/Apercu/Sipa

En rebaptisant une rue célébrant la signature des accords d’Évian (17 mars 1962) par le nom d’un ancien officier impliqué dans des affaires de torture en Algérie, le maire de Béziers, Robert Ménard, relance le débat sur la culture de la « repentance » dénoncée par les nostalgiques de la France coloniale.

À Béziers, la guerre d’Algérie, achevée il y a plus de cinq décennies, échauffe toujours les esprits. Et le maire Front national (FN, extrême droite) de la ville, Robert Ménard, ancien président de Reporters sans frontières (RSF), n’y est pas pour rien. Dernier exemple en date : la rue du "17 mars 1962", date de la signature des accords d’Évian, qui ont mis fin à la colonisation, n’existe plus. Le maire, et sa majorité d’extrême droite, en ont décidé ainsi. Lors d’une cérémonie officielle dimanche 15 mars, la petite ruelle de Béziers a en effet été pudiquement rebaptisée "rue Commandant Hélie-de-Saint-Marc" du nom d’un ancien officier de l’armé décédé en 2013 associé à la torture en Algérie et au putsch des généraux en 1961.

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"Notre paradis à nous c’était l’Algérie"

Lors de son discours, Robert Ménard, élu sous l’étiquette "Bleu marine" (FN), et né à Oran, a laissé libre-court à une nostalgie assez particulière. Dans un élan lyrique, il cite sa mère : "Notre paradis à nous c’était l’Algérie" évoquant, ému, son enfance en Afrique du nord. Il faut dire que le maire de Béziers était porté par une foule rassemblant pas moins de 2 000 personnes : des pieds noirs, des harkis et des représentants de la Ligue du Midi, arboraient des drapeaux et banderoles taguées "Maîtres chez nous".

Ces Biterrois étaient accompagné d’anciens parachutistes et militaires ayant participé à la guerre d’Algérie ainsi que de membres de l’association des anciens de l’OAS venus principalement du sud de la France. Le public, très âgé, a attendu patiemment le discours du maire, entonnant "Le Chant des Africains", et écoutant attentivement  la marche du 1er Zouave diffusée par des haut-parleurs. "Sous le soleil brûlant de l’Algérie, notre étendard flottait calme et vainqueur" pouvait-on ainsi entendre. 

Face à eux, un contre-rassemblement organisé par les partis de gauche a été quadrillé par les forces de l’ordre. "Ménard facho, Ménard assassin !" ont notamment scandé les manifestants anticoloniaux qui arboraient, entre autres, des drapeaux algériens et des étendards communistes.

Accompagné du président du cercle algérianiste national et de la fille du commandant de Saint Marc, Robert Ménard, a été le dernier à s’exprimer. Il a notamment déclaré "qu’oser dire que la guerre d’Algérie s’est terminée le 19 mars alors que des dizaines de milliers de harkis sont morts après cette date, c’est faire preuve d’un révisionnisme inacceptable". Et d’ajouter :  "C’est pour cela que j’ai décidé de débaptiser cette rue et lui donner le nom d’un héros de ce pays".

Diatribe contre la France multiculturelle

L’élu d’extrême-droite en a également profité pour écorner les contre-manifestants : "Ils ont voulu hier l’Algérie algérienne. Ils ne veulent pas aujourd’hui de la France française".

Le maire de Béziers a alors déployé toute la panoplie des nostalgiques de l’Algérie française, critiquant les anticolonialistes qui incarneraient, selon lui, la culture de l’excuse et de la haine de soi. "Non, je ne veux plus que nous soyons dans la repentance, je veux dire notre vérité à ceux qui armaient le bras des assassins des harkis, aux bourreaux qui nourrissent encore une haine de la France… Non à cette France multiculturelle qu’on nous impose" a pesté l’ancien journaliste sous les acclamations et les cris "Algérie française".

Depuis son élection à Béziers sous l’étiquette du rassemblement "Bleu marine", Robert Ménard a régulièrement soulevé des polémiques. Il avait notamment installé une crèche "catholique" dans sa mairie.

 

 

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