Politique

Afrique du Sud : Jacob Zuma, cher président trop cher ?

CNN révèle que le président sud-africain touche un meilleur salaire que bien des dirigeants européens. Le continent doit-il en être fier ? Ou cultiver le scepticisme sur les revenus plus ou moins opaques de ses responsables ?

Mis à jour le 18 mars 2015 à 16:50

L’oeil de Glez. © Damien Glez

Enfin un classement à caractère économique dans lequel l’Afrique ne fait pas que de la figuration ! Faut-il s’en réjouir ? Pas sûr. Si un pays africain est arrivé en demi-finale de cette récente compétition financière, ce n’est pas pour des performances en matière de produits, mais de charges. Si l’Afrique du Sud est loin du podium des pays aux meilleurs Produits intérieurs bruts (83e dans le classement 2010), son président talonne la médaille de bronze des salaires de chef d’État. C’est ce que vient de révéler la chaîne américaine CNN en classant, en fonction de leur salaire annuel, les premiers responsables de douze puissances économiques mondiales. Et voilà donc Jacob Zuma quatrième, avec 225 500 dollars par an. Seuls 8 900 dollars séparent le portefeuille du premier magistrat sud-africain du porte-monnaie de la chancelière allemande, soit 24 dollars par jour. L’Amérique tient encore le haut du pavé de cette glorification des revenus individuels, avec le Canadien Stephen Harper qui occupe la seconde place du top twelve, bénéficiant d’un revenu de 260 000 dollars. Sans surprise, le mieux payé des chefs d’État est Barack Obama avec un revenu "tout rond" de 400 000 dollars. Merci à George W Bush qui doubla le salaire présidentiel…

Et voilà donc Jacob Zuma quatrième, avec 225 500 dollars par an.

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Les Africains doivent-ils "kiffer", en imaginant David Cameron ou Vladimir Poutine rager d’envie, lorsqu’ils croisent Jacob Zuma ? Faut-il au contraire rire sous cape, les revenus officiels ne traduisant pas toujours le train de vie réel des chefs d’État ? Il ne s’agit pas seulement d’évoquer d’officielles indemnités vestimentaires ou de visibles conditions de vie. Si le président russe ne gagne "que" 136 000 dollars par an – somme qu’il a d’ailleurs tenu à réduire récemment –, le fond Hermitage Capital Management estimait sa fortune personnelle à plusieurs centaines de milliards de dollars.

Les Africains savent que le nerf de la guerre est une motivation significative pour beaucoup de leurs politiciens. En 2013, les députés kényans – parlementaires parmi les mieux payés du continent – obtenaient l’annulation d’une baisse de 40% de leur salaire. L’année précédente, les élus congolais réclamaient un doublement de leurs revenus. Pourquoi les présidents auraient-ils donc des scrupules à répondre à l’appel du gain ? Seul le kényan Mwai Kibaki refusa l’augmentation de salaire de 186% que les députés lui offrirent sur un plateau… d’argent.

Trompe l’œil populiste ? Les Africains savent aussi que les palais africains sont le berceau de toute opacité. Les avions ont leurs boîtes noires et les présidences leurs caisses noires. Bien malin qui saura ce qu’empoche réellement le président Issayas Afewerki. Bien crédule celui qui croira que Paul Biya ne touche que 200 euros mensuels. Si c’était le cas, on pourrait comprendre qu’il cherche à rentabiliser sa fonction sur tant de décennies…

Ni dupe, ni surpris par le classement de CNN, le public africain n’a pas oublié les affaires d’argent qui entourent le président le mieux payé d’Afrique. Est-ce avec son salaire – même conséquent – que Jacob Zuma a financé les 17,5 millions de dollars de travaux de sa résidence personnelle de Nkandla ? Quoi qu’il en soit, il est normal que chacun soit rémunéré en fonction de ses charges. Et Jacob Zuma serait le père biologique d’une vingtaine d’enfants conçus avec une dizaine de femmes…

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