Défense

L’attentat du Bardo, ou le débarquement sanglant de l’État islamique en Tunisie

À Tunis, des touristes sont évacués du Musée du Bardo, mercredi 18 mars.

À Tunis, des touristes sont évacués du Musée du Bardo, mercredi 18 mars. © AFP

L’attentat meurtrier au musée du Bardo, à Tunis, a été revendiqué jeudi par l’État islamique. C’est la première fois que la nébuleuse jihadiste, qui sévit des plaines irakiennes aux côtes libyennes, frappe la Tunisie.

À peine plus de vingt-quatre heures après l’attentat au musée du Bardo, qui a fait 21 morts le 18 mars, un communiqué audio diffusé sur Twitter a dissipé les interrogations qui planaient sur les auteurs de l’attaque. Dans ce court message de trois minutes, l’État islamique (EI) revendique ce carnage et signe, dans le sang, sa première opération terroriste sur le sol tunisien.

>> Voir aussi Attentat en Tunisie : les dernières 48 heures en images

Les deux assaillants formés par l’EI en Libye ?

Selon le message audio de l’EI, l’attentat contre le musée du Bardo a été menée par "deux chevaliers du califat, Abou Zakaria al-Tounsi et Abou Anas al-Tounsi", "munis d’armes automatiques et de grenades", qui sont "parvenus à assiéger un groupe de ressortissants des pays croisés". Ils portaient également des ceintures d’explosifs mais n’ont pas eu le temps de les actionner.

Les deux jeunes hommes ont été identifiés par les autorités tunisiennes comme Yassine Abidi et Saber Kachnaoui. Le premier, originaire de la cité Ibn Khaldoun, à Tunis, était un coursier de 21 ans décrit comme très pieux. Le second, la trentaine (son âge exact est encore flou), venait lui de la région de Kasserine, dans le sud-est du pays.

D’après Rafik Chelly, secrétaire d’État tunisien chargé des affaires sécuritaires, ces deux individus étaient des "éléments extrémistes salafistes takfiris" qui ont quitté clandestinement le pays en décembre dernier pour la Libye. Affirmant qu’ils étaient des "éléments suspects", il a également évoqué l’existence de "camps d’entraînement pour Tunisiens" dans les villes libyennes de Sabratha, Benghazi et Derna, où les deux terroristes auraient pu avoir été formés avant de passer à l’acte.

Les connexions libyennes de l’EI

La présence d’islamistes radicaux tunisiens en Libye n’est pas un phénomène nouveau. Mi-2013, l’organisation salafiste-jihadiste Ansar al-Charia est déclarée illégale en Tunisie. Une grande partie de ses militants suivent alors leurs chefs, au premier rang desquels Abou Iyad, en territoire libyen. Certains y restent. D’autres poursuivent leur épopée jihadiste en Syrie, où l’appel de la "guerre sainte" contre le régime de Bachar al-Assad attire de nombreux volontaires de tous les pays.

Ces derniers mois, l’État islamique, désireux d’ouvrir un nouveau front en Libye, s’est solidement implanté dans certaines villes côtières de l’Est du pays, telles Derna ou Benghazi. Plutôt que de prendre la direction du "Sham" (nom arabe de la Syrie), certains cheikhs salafistes adoubés par l’EI conseillent maintenant aux Tunisiens d’aller combattre en Libye. Il reste cependant difficile d’avoir une estimation précise de leur nombre.

Les Tunisiens de l’EI

Selon les spécialistes, plus de 3 000 Tunisiens ont quitté leur pays pour aller faire le jihad en Irak et en Syrie. Une majorité d’entre eux combattrait dans les rangs de l’État islamique, en faisant un des premiers contingents étrangers de l’organisation jihadiste. Environ 500 seraient rentrés en Tunisie ces derniers mois, parfois après avoir transité par la Libye.

Parmi les jihadistes tunisiens présents dans les rangs de l’EI se trouvent des personnes bien connues des services de renseignement. Le personnage le plus emblématique est Boubaker El-Hakim. Ancien combattant en Irak lors de l’invasion américaine de 2003, il est condamné en 2008 par la justice française pour son implication dans la "filière des Buttes-Chaumont". Libéré en 2011, il s’envole directement pour la Tunisie post-Ben Ali et gagne les pentes boisées du mont Chaambi, près de la frontière avec l’Algérie, où il intègre la katiba Okba Ibn Nafaa. Fin 2013, comme plusieurs de ses "frères" tunisiens, il prend la direction de la Syrie et rejoint l’État islamique. Dans une vidéo diffusée en décembre dernier par un média officiel de l’organisation, il appelle au jihad en Tunisie et revendique les assassinats de deux figures de la gauche tunisienne, Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi.

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