Diplomatie

Égypte : sommet arabe focalisé sur la création d’une force militaire et le Yémen

| Par AFP
L’émir du Koweit accueilli par Abdel Fattah al-Sisi le 27 mars à Charm el Cheikh.

L'émir du Koweit accueilli par Abdel Fattah al-Sisi le 27 mars à Charm el Cheikh. © AFP

La création d’une force multinationale va dominer le sommet des chefs d’Etat de la Ligue arabe qui s’est ouvert samedi en Egypte, au moment où l’intervention militaire d’une coalition arabe au Yémen contre une rébellion chiite est perçue comme un « coup d’essai » de ce projet.

Depuis plusieurs semaines, c’est le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi qui réclamait avec le plus d’insistance cette force arabe pour lutter contre les groupes "terroristes", en particulier l’organisation Etat islamique (EI), qui multiplie les atrocités en Irak et en Syrie et gagne du terrain en Libye et en Egypte dans le Sinaï.

Mais plus que le groupe extrémiste sunnite, c’est la crainte de voir le grand rival iranien chiite étendre son influence dans la région qui pourrait obliger les pays arabes à surmonter leurs dissensions et entériner à Charm el-Cheikh la création d’une force militaire conjointe.

Conduite par Ryad, une coalition arabe regroupant notamment cinq pays du Golfe et l’Egypte, a lancé jeudi des frappes aériennes au Yémen pour stopper l’avancée des rebelles chiites Houthis, soutenus par l’Iran et qui tentent de s’emparer du pouvoir. Le président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi est arrivé vendredi en Egypte pour participer aux deux jours de sommet.

L’émir du Koweït, les rois de Jordanie et du Bahreïn, les présidents de la Tunisie et de l’Autorité palestinienne, le chef du parlement libyen reconnu par la communauté internationale, ainsi que le secrétaire général de l’ONU, seront notamment présents à Charm el-Cheikh.

Dès vendredi, des patrouilles de police et de l’armée étaient déployées dans les rues, tandis que des avions militaires survolaient cette station balnéaire de la mer Rouge, selon un journaliste de l’AFP.

"Interventions rapides"

Si le conflit israélo-palestinien et la progression de l’EI sont également au menu, le point focal des débats est indéniablement la création d’une force multinationale arabe, dont le besoin avait été qualifié de "pressant" par la Ligue.

Les chefs d’Etat devraient d’ailleurs adopter un projet de résolution égyptien déjà approuvé par les chefs de diplomatie arabes jeudi durant une réunion de préparation.

Le texte indique que la force, regroupant des troupes des Etats membres, sera chargée de mener "des interventions militaires rapides" pour parer aux menaces sécuritaires planant sur les pays arabes.

L’Egypte –qui dispose de l’armée la plus nombreuse et parmi les mieux équipées du monde arabe– s’affiche comme le fer de lance de cette force au moment où son aviation et sa marine participent à l’intervention au Yémen. Le gouvernement égyptien s’est dit prêt à envoyer des troupes au sol si cela s’avérait nécessaire.

Pour Mathieu Guidère, professeur de géopolitique arabe à l’université de Toulouse (France), l’opération au Yémen représente "un coup d’essai pour la future force arabe d’intervention rapide". "Cette opération donne une idée des contours de cette force", ajoute-t-il, avant de préciser que "certains comme l’Egypte ou la Jordanie" pourraient par la suite apporter "des troupes générales (artillerie) ou particulières (forces spéciales)".

Le Caire en guerre contre l’EI

Mais les divergences de points de vue entre les 22 membres de la Ligue pourraient ralentir le processus. "Il est important que cette force ait des objectifs spécifiques, ainsi qu’un plan et un programme clairs", avertit un diplomate yéménite s’exprimant sous le couvert de l’anonymat.

Oraib al-Rentawi, directeur du centre Al-Qods pour les études politiques, estime ainsi que si la priorité de l’Arabie saoudite reste de "faire face à l’influence grandissante de l’Iran dans la région", l’Egypte et la Jordanie veulent en revanche "lutter contre le terrorisme". Car c’est l’expansion de l’EI dans l’est de la Libye qui inquiète réellement Le Caire, déjà en lutte contre sa branche égyptienne dans le Sinaï.

Le président Sissi, l’ex-chef de l’armée élu président après avoir destitué l’islamiste Mohamed Morsi en 2013, avait envoyé en février ses avions de combat bombarder des positions de l’EI en Libye, pour venger la décapitation d’Egyptiens coptes.

"Pour l’instant, l’EI passe au second plan face à la menace d’extension du pouvoir chiite au Yémen, qui risque de modifier profondément la géopolitique de la région", estime M. Guidère, précisant cependant qu’une intervention en Libye "dépendra du succès de l’intervention au Yémen."

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