Politique

Boko Haram : petit califat deviendra grand ?

Mis à jour le 23 mars 2015 à 08:47

Ce n’est pas parce que Boko Haram a prêté allégeance à l’État islamique que la secte nigériane prendra ses ordres à Mossoul.

Ils s’étaient rêvés en "talibans nigérians", puis avaient recherché le label Al-Qaïda. Mais le 7 mars, c’est à l’État islamique (EI) et à son chef, le "calife Ibrahim", que les jihadistes de Boko Haram ont fait allégeance. Dans un message audio inhabituellement sobre, Abubakar Shekau a placé ses conquêtes sous la suzeraineté du groupe terroriste le plus puissant de tous les temps.

Étendant subitement les possessions de l’EI au sud du Sahara, le serment de Shekau a fait basculer la perception du mouvement jihadiste nigérian d’un épiphénomène local à un acteur de la menace globale. Dans la foulée des allégeances du groupe algérien d’Abdelmalek Gouri en septembre 2014, des djihadistes libyens de Derna en octobre suivant puis des Égyptiens d’Ansar Beït al-Maqdis en novembre, le ralliement du flamboyant émir nigérian achève de faire de l’Afrique un front majeur du jihad international.

Au-delà de leur idéologie salafiste convergente, de leur projet commun de territorialisation de la guerre sainte et du même recours à une violence aveugle, les relations entre Boko Haram et les jihadistes du Moyen-Orient se sont forgées dans le chaos régional provoqué par l’effondrement de la Libye en 2011. En juillet 2014, Shekau avait fait la louange du nouveau calife Ibrahim, et des discussions pour une alliance étaient engagées à la fin de 2014.

"Boko Haram avait déjà exprimé son soutien à l’EI et calqué son style sur le sien, rien de nouveau. Par contre, cette tentative de s’y incorporer ouvertement l’est", note Adam Higazi, chercheur au King’s College de Cambridge. Pour quel bénéfice ? Prestige jihadiste ? Coopération financière et militaire ? Higazi y voit surtout une alliance de circonstance, "un appel à l’aide à l’heure où Boko Haram est sous la pression extrême du déploiement d’une coalition régionale."

L’EI en retirerait l’avantage similaire d’étendre théoriquement son territoire global alors qu’il est lui aussi soumis à la pression d’une large coalition en Irak et en Syrie. Il est peu probable que Shekau se mue en exécutant d’ordres venus de Mossoul, mais son allégeance donne un peu plus corps à la terreur, quelque peu fantasmée, d’une jonction intercontinentale du jihad global.