Politique

Afrique de l’Ouest : Mohamed Ibn Chambas a du pain sur la planche

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Mohamed Ibn Chambas est bardé de diplomes.

Mohamed Ibn Chambas est bardé de diplomes. © Vincent Fournier pour J.A.

Portrait de Mohamed Ibn Chambas, représentant spécial de Ban Ki-moon pour l’Afrique de l’Ouest.

Mohamed Ibn Chambas ne laisse rien au hasard. Au tournant des années 2000, quand ce Ghanéen a décidé de postuler au très convoité poste de président de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), il s’est offert les services d’un professeur de français à Accra. "Une fois par semaine, il me faisait traduire des articles de Jeune Afrique, et notamment les "Ce que je crois" de Béchir Ben Yahmed", raconte-t-il un matin glacé de mars, à peine arrivé au siège de notre hebdomadaire.

À 64 ans, sa maîtrise presque parfaite de la langue de Molière est aujourd’hui un atout précieux dans l’exercice de ses fonctions de représentant spécial du secrétaire général de l’ONU pour l’Afrique de l’Ouest. Sa nomination à la place de l’Algérien Saïd Djinnit, en septembre 2014, a mis tout le monde d’accord tant le parcours de cet habitué des médiations dans la région force le respect.

Bardé de diplômes (il est titulaire entre autres de deux doctorats, l’un en sciences politiques, l’autre en droit), ce musulman né à Tamale (nord du Ghana) en décembre 1950 a fait son entrée au gouvernement en 1987 comme vice-ministre des Affaires étrangères. Le lieutenant Jerry Rawlings dirige alors d’une main de fer un pays encore traumatisé par ses années de dictature militaire.

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Après un apprentissage express de l’art de la diplomatie, Ibn Chambas s’implique dans la résolution de la guerre civile qui frappe le Liberia dans les années 1990. Dans le même temps, il dirige le Groupe d’action ministériel du Commonwealth qui facilite notamment les périodes de transition au Nigeria, en Sierra Leone et en Gambie. Vient ensuite la Cedeao.

Ibn Chambas a beau avoir été élu au Ghana sous la bannière du Congrès national démocratique (NDC, aujourd’hui au pouvoir), c’est le président John Kufuor, du Nouveau Parti patriotique (NPP), qui appuie sa candidature. D’abord secrétaire exécutif de l’organisation de 2002 à 2005, il en sera ensuite le président de 2006 à 2009, période pendant laquelle il aura notamment à gérer la crise en Côte d’Ivoire et les conséquences du coup d’État du capitaine Moussa Dadis Camara en Guinée.

Ibn Chambas prend alors un peu de distance avec l’Afrique de l’Ouest. De 2010 à 2012, il est secrétaire général du Groupe des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), avant de prendre, en 2013, la tête de la Minuad, l’opération conjointe des Nations unies et de l’Union africaine au Darfour. Son passage ne restera pas dans les mémoires : la mission est accusée de manque de transparence, tandis que lui déplore la baisse des moyens et le manque de clarté du mandat de l’opération.

Depuis que Ban Ki-moon en a fait son représentant spécial pour l’Afrique de l’Ouest, Ibn Chambas a du pain sur la planche. Il y a eu le départ forcé de Blaise Compaoré au Burkina : il se souvient des tractations pour imposer un civil à la tête de la transition et insiste sur la nécessité d’organiser dans les temps un scrutin crédible et transparent. La multiplication des échéances électorales dans la région (outre le Burkina, le Togo et la Côte d’Ivoire, le Nigeria et la Guinée se rendront bientôt aux urnes) est aujourd’hui sa priorité. Ibn Chambas s’active, voyage beaucoup.

Il était à Lomé mi-janvier, à Conakry un mois plus tard. Direction ensuite Abuja à partir du 15 mars, où la perspective de la présidentielle inquiète la communauté internationale. "Le Nigeria a tout pour organiser des élections crédibles et transparentes, assure-t-il. Mais la volonté politique sera primordiale. Il faut tout faire pour que ce pays, poumon de l’Afrique de l’Ouest, demeure stable et apaisé."

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