Immigration

Comment distinguer un Marocain d’un Allemand ?

Par

Fouad Laroui est écrivain.

Voici une histoire à la fois cocasse et instructive. Il s’agit de la question du regroupement familial, qui est une des sources de l’immigration en Europe. Pour les partis politiques qui veulent limiter l’immigration, le regroupement familial pose un problème sérieux : comment s’opposer à ce que les gens fondent une famille ? C’est un droit humain, il est même évoqué en toutes lettres dans plusieurs conventions internationales, par exemple dans l’article 16 de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Malgré tout, on essaie au moins de combattre les mariages farfelus, arrangés ou carrément frauduleux. Et on veut toujours en savoir plus sur les motivations de ceux qui prennent femme au pays. C’est pourquoi le ministère idoine, ici en Hollande, a commandé il y a quelques mois une étude approfondie sur le sujet. Deux chercheurs se sont lancés dans le travail d’enquête. Pour cela, ils ont envoyé des questionnaires à un millier de résidents qui avaient demandé dans le passé à ce que leur conjoint vienne les rejoindre ici. En dépouillant les réponses, ils essayent de se former une image précise de la situation.

Mais voilà le hic : alors qu’ils étaient persuadés de travailler sur un échantillon de mille questionnaires remplis par mille Marocains, comme ils l’avaient demandé, voilà qu’il apparaît que le ministère a fait une erreur au niveau de l’informatique. Il y a dans la base de données un nombre indéterminé d’Allemands – Jawohl mein Herr! Des Allemands, car il y a aussi des petits-enfants de Goethe et de Beethoven qui vivent et travaillent aux Pays-Bas et qui ont, dans le passé, fait venir leur conjoint à l’ombre des moulins à vent.

Donc, on se résume : sur 1 000 questionnaires remplis, il y a x Marocains et y Allemands, de telle façon que x + y = 1 000. C’est donc une équation à deux inconnues, qui, si mes souvenirs de mathématiques sont exacts, est insoluble.

L’histoire devient cocasse quand les deux chercheurs s’entêtent. Il doit bien y avoir une méthode pour séparer les Allemands des Marocains, se disent-ils, même quand les questionnaires remplis sont anonymes. Si je suis au courant de cette histoire, c’est qu’on m’a discrètement demandé mon avis. J’ai répondu que si la raison principale pour laquelle M. X a fait venir sa femme du pays au lieu de prendre femme sur place, c’est parce qu’il veut manger au petit déjeuner une bissara (purée de fèves) authentique, on peut en tirer une certaine conclusion – ou même une conclusion certaine. Même chose en remplaçant bissara par "saucisse de Francfort". Malheureusement, ce cas ne s’est pas souvent présenté. C’eût été trop beau. Du coup, nos deux chercheurs cherchent encore la meilleure façon de distinguer sur le papier un sujet de Sa Majesté d’un administré de la mère Merkel.

Laissons-les travailler. Peut-être finiront-ils par arriver à la conclusion qu’en ce qui concerne l’envie de fonder un foyer, Allemands et Marocains sont indistinguables. Il n’y a qu’une espèce humaine. La science avance…

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte