Économie

Jean-Marie Cour : « Une ville doit mûrir pour devenir viable »

Jean-Marie Cour, économiste et spécialiste de l’aménagement du territoire, répond aux questions de « Jeune Afrique » au sujet du processus d’urbanisation sur le continent.

Mis à jour le 19 mars 2015 à 12:24

Jean-Marie Cour à son domicile, en banlieue parisienne. © Vincent Fournier/JA

Pour cet économiste français, consultant pour plusieurs institutions internationales, les autorités doivent profondément revoir leur vision de l’urbanisation.

Jeune Afrique : Que pensez-vous du processus d’urbanisation en cours sur le continent africain ?

Jean-Marie Cour : Il ne s’est pas très bien déroulé car sa réalité a été niée par les pouvoirs publics et les organisations internationales de développement, obligeant les populations à s’établir dans les pires conditions sur les zones les plus difficiles à urbaniser. Les autorités devraient faciliter le mouvement plutôt que de tenter de le freiner. Et comprendre qu’une ville ne se construit pas du premier coup. Elle doit mûrir pour devenir vivable. En Afrique, les zones urbaines sont très jeunes et il leur faudra plusieurs générations avant d’atteindre la qualité et la complexité des villes plus anciennes.

Comment les villes peuvent-elles accompagner la croissance urbaine ?

Il faut lutter en priorité contre la pauvreté du cadre de vie des populations urbaines. Et non pas aider les pauvres à le rester en les maintenant dans leurs campagnes. L’Afrique n’a pas besoin de davantage d’agriculteurs, mais de consommateurs. Et ces derniers vivent en ville. Il faut aussi revoir l’accès au foncier. Les élites n’ont fait qu’organiser sa rareté pour créer des morceaux de ville tout équipés, destinés aux classes privilégiées. Construire de nouveaux quartiers avant d’équiper ceux existants n’a jamais favorisé la densification ni amélioré la rentabilité des services publics.

Quelle est selon vous la priorité ?

Les infrastructures, après des années de sous-investissement. Il va falloir faire preuve d’imagination pour collecter des fonds sur un continent où l’argent reste difficilement accessible aux collectivités locales. Ou inventer de nouveaux mécanismes de financement, par l’émission de bons ou d’obligations municipales par exemple. N’est-ce pas ainsi que les villes américaines ont financé leur développement à la fin du XIXe siècle ?

Propos recueillis par Olivier Caslin