Société

Malala Yousafzai : « Promouvoir l’enseignement secondaire, une priorité mondiale »

Tribune de Malala Yousafzai est étudiante, co-fondatrice du Fonds Malala et lauréate du prix Nobel de la paix 2014.

Mis à jour le 12 mars 2015 à 16:34
Jeune Afrique

Par Jeune Afrique

Malala Yousafzai. © Malala Fund

Qui vous inspire ? L’an dernier, j’ai eu l’honneur de voyager et de rencontrer des jeunes filles exceptionnelles. Ces jeunes femmes refusent qu’on leur interdise l’accès à l’éducation. Elles m’inspirent.

Amina en fait partie. Je l’ai rencontrée l’été dernier quand je me suis rendue au Nigeria. Chez elle, dans le nord du pays, l’éducation est menacée par les attaques répétées de Boko Haram. Malgré le risque toujours présent et le fait que les filles n’aillent presque jamais au collège, Amina a persisté – elle a défendu son droit à l’éducation. Je sais personnellement que le simple fait de se présenter à l’école est dangereux. Il faut du courage.

Chaque jeune devrait avoir droit à douze ans d’études.

Mais pour Amina, se présenter au collège n’était que le début. Non seulement elle a excellé dans ses études, mais elle a obtenu son diplôme, qui lui a valu une bourse du Centre pour l’éducation des filles. Elle fait maintenant office de mentor vis-à-vis des autres filles. Cela m’a tellement touché que le Malala Fund, ma fondation, soutient dé-sormais ce Centre.
Ma propre expérience au Pakistan, ainsi que les rencontres que j’ai faites m’ont appris une leçon importante : alors que l’éducation primaire révèle leur potentiel, c’est l’ensei-gnement secondaire qui donne des ailes aux écolières, et leurs permet de voler. L’en-seignement secondaire permet aux femmes avec une force de caractère comme Amina de devenir les actrices majeures des changements au sein de leurs pays.

Pour bon nombre de mes sœurs, un cycle d’enseignement complet est un rêve inaccessible. Les dirigeants veillent à prodiguer une bonne éducation à leurs propres enfants, mais délaissent ceux des citoyens qu’ils gouvernent. En tant que parents, ils n’auraient jamais laissé leurs enfants étudier seulement cinq ou six ans. Chaque jeune devrait avoir droit à douze ans d’études.

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Quand j’avais trois ans, les dirigeants mondiaux ont approuvé un plan historique contre la pauvreté établi sur quinze ans : les objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Les OMD ont eu un impact positif dans de nombreux domaines, y compris en ce qui concerne l’éducation. Malheureusement, les dirigeants se sont centrés uniquement sur l’éducation primaire.

Cette année, les gouvernements vont se prononcer sur une nouvelle série d’objectifs de lutte contre la pauvreté: les objectifs de développement durable. Il faut en profiter pour mettre les choses au point et être ambitieux.

Ils envisagent aujourd’hui de promouvoir l’éducation au-delà de l’école primaire. Et cela est possible. Les pays riches et de nombreux pays pauvres sont parvenus à donner accès aux collèges sans frais de scolarité. C’est pourquoi nous demandons aux dirigeants du monde de faire ce qui est juste lorsqu’ils décideront de la prochaine série de réformes pour l’éducation. Malheureusement, aujourd’hui, il est seulement question d’élever l’objectif à neuf années de scolarité au lieu d’instaurer l’éducation gratuite pendant douze ans pour tous les enfants. Ce n’est pas normal.

Comment ces dirigeants peuvent dire aux enfants du monde qu’ils ne peuvent espérer que neuf années d’enseignement, tandis que leurs propres enfants peuvent bénéficier d’au moins douze ans de scolarité dans les meilleures écoles ? Les normes qu’ils déterminent pour leurs propres enfants devraient être les mêmes pour leurs citoyens et le reste de la jeunesse du monde.

Il faut prioriser l’accès à l’enseignement des filles, qui sont les plus lésées.

Lorsque les décideurs mondiaux se rencontreront à l’ONU en septembre prochain, à New York, ils doivent promettre que d’ici 2030, tous les enfants seront en mesure de bénéficier gratuitement d’au moins douze ans d’une éducation de qualité. Et il faut prioriser l’accès à l’enseignement des filles, qui sont les plus lésées.

Qui sait à quel point le monde a été privé du rayonnement et de la réflexion de millions de filles qui ont manqué d’éducation. Peut-être que qu’à travers des générations entières, il y avait une leader charismatique, une écrivaine qui aurait passionné les foules, une scientifique pouvant résoudre les problèmes restés jusque-là sans réponses. Quand je pense à ce potentiel perdu, je suis inconsolable.

"Ma joie ne connaît aucune limite." C’était la réaction d’Amina en apprenant que moi-même, ainsi qu’un autre défenseur de l’éducation, Kailash Satyarthi, avions reçu le prix Nobel de la paix 2014. J’ai emmené Amina et quatre autres de ces battantes qui m’inspirent à Oslo pour recevoir ce prix. Ce sont des femmes qui, malgré tous les obstacles, répondent présentes. Nous aussi, nous voulons apprendre et diriger. Tout ce dont nous avons besoin, c’est de dirigeants courageux avec une vision audacieuse. Tout ce dont nous avons besoin, c’est qu’eux aussi répondent présents.