Diplomatie

Cameroun – Iric : quand un concours pour futurs diplomates vire au psychodrame national

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Le ministre camerounais de l’Enseignament supérieur Jacques Fame Ndongo.

Le ministre camerounais de l'Enseignament supérieur Jacques Fame Ndongo. © Facebook

Le concours d’entrée à l’Institut des relations internationales du Cameroun (Iric) a été l’objet d’un sérieux couac après que des étudiants reçus ont été recalés par le ministre de l’Enseignement supérieur sous prétexte d’équilibre régional, avant d’être finalement réadmis sur ordre du président Paul Biya. Un scandale qui a suscité des accusations de mauvaise gouvernance et de népotisme…

Ils étaient près de 960 candidats pour 15 places, au concours d’entrée à l’Institut des relations internationales du Cameroun (Iric). Ils ont passé des épreuves écrites et orales, à l’issue desquelles au début mars, 15 candidats ont été déclarés définitivement admis. Sauf que, quelques heures plus tard, le ministre de l’Enseignement supérieur, Jacques Fame Ndongo, raye d’un trait de plume six noms pour les remplacer par d’autres sous prétexte d’équilibre régional.

Arrivée en deuxième position au classement par ordre de mérite, Estelle Nadia Nti, n’en faisait plus partie. Scandale. D’autant que des fils de dignitaires du régime ont été rajoutés. La presse s’empare de l’affaire, critiquant ce système de reproduction sociale qui se met en place sous les yeux des populations frappées par le chômage de masse. Les réseaux sociaux pestent contre ces tripatouillages qui ternissent l’image de l’école camerounaise. "L’équilibre régional est un archaïsme qui nivelle par le bas", critique-t-on.

La colère monte

"J’ai signé, j’assume", réplique benoîtement le ministre, qui ne semble pas prendre la mesure du mécontentement. La colère monte, au point de susciter des appels à la grève générale. Retiré dans sa villégiature préférée de Genève en Suisse, le président Paul Biya se mêle de l’affaire et ordonne la réadmission immédiate des exclus rallongeant ainsi la liste de 15 à 22 ! Ainsi s’est soldé l’accident industriel survenu dans cette fabrique camerounaise des élites.

En vain, car ni le ministre Fame Ndongo ni la direction de l’Iric ne seront sanctionnés.

Le 10 mars, jour de la rentrée solennelle, étudiants et enseignants ont posé avec un sourire contraint, devant les objectifs des photographes… Pour ceux qui en doutaient encore, tout va bien. "Les étudiants de l’Iric remercient Paul Biya", titre le quotidien national Cameroon Tribune, visiblement pressé de clore la polémique. Peine perdue, l’arête est dure à avaler. "Mauvaise gouvernance", tance Elimbi Lobé, un élu du principal parti d’opposition, le Social Democratic Front (SDF), qui demande la tête du ministre. En vain, car ni Fame Ndongo ni la direction de l’Iric n’ont été sanctionnés.

Une "république d’administrateurs parasites"

Le cinéaste Jean-Pierre Bekolo, lui, s’en prend aux parents qui poussent leurs enfants non pas vers le secteur privé producteur de richesses mais vers une carrière de fonctionnaire. "Vous pensez que le Cameroun restera cette république d’administrateurs parasites incapables de créer la richesse et de résorber le chômage endémique des jeunes ? Vous pensez vraiment que dans les années qui viennent, les administrateurs sortis de l’Enam, de l’Iric, etc. continueront de s’accaparer nos richesses communes et pourront continuer à se pavaner devant les populations appauvries prises en otages sans que personne ne dise rien ?

Lancé aux lendemains des indépendances pour favoriser la représentativité des régions les moins scolarisées, cette politique de quotas régionaux est de plus en plus contestée. Des voix montent pour demander à l’État de revenir à l’égalité des chances et à l’excellence académique.

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