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Cet article est issu du dossier «Gabon, à l'heure des comptes»

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Santé

Gabon – Sylvia Bongo Ondimba : la santé, « en parler, c’est déjà sauver des vies »

Sylvia Bongo Ondimba en visite dans un centre de santé, dans l'intérieur du pays. © David Ignaszewski

Ces derniers mois, la première dame du Gabon, Sylvia Bongo Ondimba, a multiplié les actions de sensibilisation pour favoriser la détection précoce des cancers féminins. Elle en dresse le bilan.

Discrète sur la scène politique, Sylvia Bongo Ondimba est omniprésente sur le terrain social, via Facebook et Twitter – où elle "poste" quotidiennement – et au sein de sa fondation pour la famille (FSBO). Depuis un an, cette dernière a intensifié ses actions en faveur du dépistage précoce des cancers féminins et a lancé en octobre dernier une campagne de sensibilisation sur le sujet. La première dame en dresse le bilan. Elle revient aussi sur les moyens déployés pour lutter contre ce fléau, et sur les raisons d’espérer.

Jeune afrique : Pourquoi avez-vous choisi de mener la campagne Octobre rose pour le dépistage précoce des cancers féminins ?

Sylvia Bongo Ondimba : Les dégâts liés au cancer au Gabon, et plus généralement en Afrique, sont malheureusement sous-estimés. Les cancers féminins, en particulier, tuent des centaines de Gabonaises chaque année, alors qu’aujourd’hui il est possible de les prévenir avant qu’ils ne soient fatals. En 2013, près de 400 décès ont été identifiés comme étant consécutifs à un cancer du col de l’utérus ou du sein, et les données disponibles indiquent que le nombre de nouvelles malades est en croissance continue. La lutte contre ces maladies est donc un enjeu à la fois scientifique, sociétal et de santé publique.

Comment votre action s’est-elle mise en place ?

La campagne de dépistage et de sensibilisation Octobre rose s’inscrit dans une action globale contre le cancer lancée il y a un peu plus d’un an. Sa vocation est de soutenir les pouvoirs publics dans leurs initiatives et vise à agir plus particulièrement contre les cancers du sein et du col de l’utérus, ces deux grands oubliés… Pourtant, chaque personne connaît quelqu’un, dans sa famille, dans son entourage, qui a dû faire face à ce mal silencieux. Octobre rose est non seulement une action de terrain, mais aussi un message de solidarité et de sensibilisation à transmettre.

Il faut vraiment que l’on prenne conscience de ce que sont les cancers féminins et que nous nous armions en conséquence pour les juguler, pour amoindrir leur portée. J’exhorte toutes les femmes qui le peuvent à se rendre dans les centres médicaux et hôpitaux désormais fonctionnels à Libreville et dans la province de l’Estuaire pour se faire dépister gratuitement. Et je les invite, ainsi que les hommes, à faire passer ce message auprès de leurs proches, de leurs connaissances.

>> Lire aussi la tribune de Sylvia bongo Ondimba : Au nom des femmes

Êtes-vous satisfaite des résultats obtenus depuis le lancement de cette campagne ?

Très satisfaite. La campagne connaît un succès remarquable. Elle a un réel impact sur nos populations, autant sur les femmes que sur les hommes, qui ont très rapidement saisi la gravité du sujet. Une formidable vague de solidarité est née, une prise de conscience collective. Les centres qui proposent chaque jour des dépistages gratuits ont vu leur fréquentation augmenter de manière exponentielle [depuis octobre 2014, environ 1 300 femmes sont examinées chaque mois dans les 18 centres de santé de la province de l’Estuaire].

Une ligne gratuite et anonyme, le 1455, reçoit des centaines d’appels par jour [et 40 000 reçus en dix-neuf jours, pendant Octobre rose]. C’est autant de vies potentiellement sauvées. Je tiens d’ailleurs à féliciter le personnel de santé des centres de dépistage, ainsi que les équipes de la fondation et nos volontaires sur le terrain, pour l’excellent travail qu’ils sont en train d’accomplir ensemble. Et ce n’est pas fini !

Le Gabon est-il suffisamment armé pour lutter contre cette pathologie majeure ?

Le cancer est une maladie très longue, très lourde à traiter. Sa prise en charge nécessite de très importantes ressources, humaines et financières… Toutefois, l’Institut de cancérologie de Libreville [ICL], inauguré le 4 février 2014, est doté d’un plateau technique ultramoderne, performant, qui en fait une structure de traitement de référence en Afrique centrale.

De la chimiothérapie à la médecine nucléaire, nous n’avons pas à rougir, au Gabon, de nos moyens d’action. Je me suis personnellement investie pour que cette structure soit opérationnelle, avec notamment le concours de la princesse Lalla Salma [épouse du souverain marocain, Mohammed VI], à travers sa fondation pour la prévention et le traitement des cancers. Aujourd’hui, les Gabonaises et les Gabonais peuvent bénéficier chez eux d’un traitement d’une qualité digne des meilleures normes internationales. C’est une avancée médicale et sociétale majeure pour notre pays.

>> Lire aussi : Femmes, elles n’ont pas tous les droits

Et qu’en est-il de la prise en charge psychologique et sociale des patients ?

L’accompagnement des malades durant leur traitement est une problématique majeure, à prendre sérieusement en compte. Se faire soigner lorsque l’on est victime d’un cancer est un processus long et éprouvant. Et plus encore lorsque l’on est loin de chez soi et de ses proches. C’est pourquoi ma fondation a engagé la construction d’une "maison de vie", adjacente à l’ICL : la Maison d’Alice. À travers ce projet, nous accompagnerons les malades dans leur traitement en leur offrant un espace serein et un soutien moral permanent.

Cette Maison d’Alice est conçue de façon à pouvoir accueillir le patient avec l’un de ses proches. La vocation de ce lieu est de restaurer l’être tout entier dans la dignité. Contre le cancer, nous ne devons négliger aucun aspect. L’espoir du patient, son envie de vivre, de nourrir des projets malgré la maladie sont tout aussi importants que le traitement en lui-même… Ensemble, pour agir contre le cancer, nous devons ériger un mur d’espérance.

Les femmes, plus exposées

Selon les dernières statistiques établies par l’Agence internationale de recherche contre le cancer de l’OMS en 2012 (base de données mondiale Globocan 2012), au Gabon, toutes populations confondues, les cancers les plus fréquents sont ceux du col de l’utérus (11,3 %, soit 118 nouveaux cas, contre 19,4 % en 2008) et du sein (9,4 %, soit 98 nouveaux cas, contre 11 % en 2008), devant ceux de la prostate (7 %) et du poumon (6,3 %).

Toujours en matière d’incidence, les cancers les plus diagnostiqués chez les femmes sont ceux du col de l’utérus (19,6 %, contre 25 % en 2008) et du sein (16,3 %). Enfin, sur le nombre de décès consécutifs à un cancer, ceux qui ont eu le plus fort taux de mortalité sont les cancers du poumon (9,9 %), du col de l’utérus (7,8 %), de la prostate (7,3 %), de l’appareil colorectal (6 %), du sein (5,7 %) et ceux liés à un lymphome (5,9 %).

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