Sécurité

Rafik Chelly, ou la reprise en main de l’appareil sécuritaire tunisien

Le 6 février, au palais de Carthage, lors de l'entrée au gouvernement de Rafik Chelly. © Hichem

Ex-collaborateur de Bourguiba, Rafik Chelly, le nouveau secrétaire d'État à la Sûreté nationale, fait le ménage à la tête de l'appareil sécuritaire tunisien. Objectif : placer des hommes fiables aux postes clés.

On le pressentait dès l’annonce de sa nomination au poste de secrétaire d’État à la Sûreté nationale, le 2 février : Rafik Chelly serait l’un des hommes forts du gouvernement de Habib Essid. Cela se confirme. L’ancien directeur de la sécurité du président Habib Bourguiba vient de restructurer en profondeur l’appareil sécuritaire.

Plusieurs figures de la dakhiliya ont été poussées vers la sortie, à commencer par Imed Ghodbani, le directeur général de la Sûreté nationale, dont la mise à l’écart a été officialisée le 3 mars. La reprise en main concerne également les directions générales de la Sûreté publique et des Services techniques (les écoutes), ainsi que l’inspection générale de la Sûreté nationale, qui changent de titulaires.

Des changements indispensables

Les soupçons sur une possible "infiltration" de l’appareil sécuritaire par des éléments islamistes au cours du passage d’Ali Larayedh (Ennahdha) au ministère de l’Intérieur, de décembre 2011 à mars 2013, n’avaient pas été entièrement dissipés par son successeur, l’indépendant Lotfi Ben Jeddou.

"Ces changements étaient indispensables après l’alternance politique qu’a connue la Tunisie, avec l’élection de Béji Caïd Essebsi à la présidence, explique une source haut placée de l’exécutif tunisien. Il fallait du sang neuf, et placer des hommes sûrs à 100 %, comme c’est l’usage dans toute démocratie." Même s’ils ont été formellement décidés par Mohamed Najem Gharsalli, le ministre de l’Intérieur, magistrat de formation, ces remaniements renforcent considérablement la position du secrétaire d’État à la Sûreté nationale.

Rafik Chelly est né le 6 septembre 1944 à Menzel Temime (cap Bon). Diplômé de l’École nationale supérieure de la police de Saint-Cyr-au-Mont-d’Or, près de Lyon (France), il devient en 1984 chef de la garde présidentielle de Bourguiba. Dans la nuit du 6 au 7 novembre 1987, il est convoqué par Zine el-Abidine Ben Ali au siège du ministère de l’Intérieur. Celui qui n’est encore que Premier ministre l’informe de la prise de pouvoir en cours et affirme qu’il s’est assuré la loyauté de l’armée et de la garde nationale. Pour éviter une effusion de sang, Chelly accepte de collaborer et de caserner ses hommes.

Accélération de l’enquête sur l’assassinat de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi

Ben Ali l’écarte en douceur en le nommant au poste de directeur de la Sécurité extérieure, qu’il occupe jusqu’en 1992. Il assumera ensuite d’autres fonctions, notamment dans des ambassades, à Tripoli et à Paris. Après la révolution, il a livré son témoignage dans un livre, Le Syndrome de Carthage (Imprimerie graphique du centre-Tunisie, mars 2012). Animateur d’un think tank, le Centre tunisien des études de sécurité globale, il était fréquemment consulté par Béji Caïd Essebsi, qu’il connaît de longue date. Cultivé et affable, il est également apprécié des acteurs de la société civile pour son ouverture et sa sensibilité à la question des libertés fondamentales.

Même si rien n’est encore définitivement acté, le poste stratégique de directeur de la Sûreté nationale pourrait être tout bonnement supprimé. Une petite révolution, quand on sait que trois présidents de la République l’ont occupé (Béji Caïd Essebsi entre 1963 et 1965, Foued Mebazaa de 1965 à 1967, et Zine el-Abidine Ben Ali de 1977 à 1980 puis de 1984 à 1986). Les fonctions précédemment assumées par Imed Ghodbani pourraient être directement exercées par Rafik Chelly, afin de "raccourcir le circuit de décision" et de gagner en efficacité dans la lutte contre le terrorisme.

Le remplacement de Mustapha Ben Amor par Sami Abdessamad à la direction de la Sécurité publique peut quant à lui laisser présager d’une accélération de l’enquête sur l’assassinat, en 2013, des opposants Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi. Mustapha Ben Amor faisait partie des cadres du ministère accusés de "laxisme criminel" par les familles des deux martyrs.

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte