Politique

Algérie : Farid Bedjaoui, le « Monsieur 3 % » du scandale Sonatrach

Farid Bedjaoui était l'intermédiaire des investisseurs étrangers. © DR

Cet ami de Khelil était l'intermédiaire attitré des investisseurs étrangers. Farid Bedjaoui est aujourd'hui recherché par l'Italie et l'Algérie, qui le soupçonnent d'avoir graissé de nombreuses pattes.

Pour les Italiens, il est "le facilitateur". Farid Bedjaoui, 45 ans, est au coeur de diverses enquêtes pour corruption présumée en Algérie, en Italie et au Canada. Les magistrats de Milan le soupçonnent d’avoir rétribué des responsables politiques algériens dans le cadre de marchés obtenus par la firme italienne Saipem auprès de Sonatrach. Objet de deux mandats d’arrêt internationaux en Italie et en Algérie, il aurait trouvé refuge au Mexique. Comment ce neveu de l’ex-ministre des Affaires étrangères Mohamed Bedjaoui, qui n’a que très rarement mis les pieds dans son pays natal, s’est-il retrouvé impliqué dans ces scandales ?

C’est Chakib Khelil, alors ministre de l’Énergie et dont il a fait la connaissance au Liban en 2002, qui l’introduit dans le circuit du grand business. La mise en bouche commence en 2003, quand Khelil lui confie la gestion d’actifs de Sonatrach évalués à 2 milliards de dollars (1,6 milliard d’euros), que Bedjaoui fait fructifier par sa société de courtage, Rayan Asset Management, basée à Dubaï.

Son amitié avec Khelil et l’entregent de son oncle aidant, le jeune homme devient l’intermédiaire attitré des investisseurs étrangers. Il serait ainsi intervenu pour le compte des Chinois pour leur arracher un contrat de 6,2 milliards de dollars dans le cadre de la réalisation de l’autoroute est-ouest. Sa commission se chiffre, selon des indiscrétions, en dizaines de millions de dollars. Une source proche du dossier confie que Bedjaoui a même pris part aux négociations à la résidence de l’ambassade d’Algérie à Pékin. Sa réputation faite, les Italiens s’attachent alors ses services, tout comme les Canadiens de SNC-Lavalin, pour lesquels il réussira à décrocher 6 milliards de dollars de contrats.

En 2007, Bedjaoui signe une convention avec Saipem lui assurant une commission de 3 % sur l’ensemble des contrats que les Italiens pourraient obtenir en Algérie.

>> Lire aussi : Interpol diffuse la notice de recherche de Farid Bedjaoui

2 millions de dollars en guise d’honoraires

Le 17 octobre 2007, Farid Bedjaoui signe, via son autre société, Pearl Partners, domiciliée à Hong Kong, une convention avec Saipem lui assurant une commission de 3 % sur l’ensemble des contrats que les Italiens pourraient obtenir en Algérie. Pour ne pas éveiller les soupçons des services secrets algériens – des enregistrements et des photos seraient entre leurs mains -, les transactions se déroulent à l’étranger.

À l’hôtel California de Paris ou au Bulgari de Milan, Bedjaoui négocie avec les patrons de Saipem, en présence de Chakib Khelil. Et ça marche. C’est ainsi qu’entre 2007 et 2009 le groupe italien conclut sept contrats d’une valeur de 8 milliards d’euros. En contrepartie, Pearl Partners reçoit 198 millions d’euros virés sur des comptes, notamment en Europe et en Asie.

La justice italienne cherche aujourd’hui à déterminer l’identité des responsables algériens qui ont bénéficié des largesses de Bedjaoui. Réda Hemche, l’ancien chef de cabinet de Mohamed Meziane, alors PDG de Sonatrach, a obtenu 2 millions de dollars en guise d’honoraires. Omar Habour, ami d’enfance du ministre de l’Énergie, également recherché en Italie, n’est pas en reste.

Si l’on ignore le montant des commissions qu’il a touchées, on sait en revanche qu’il a acquis avec le couple Khelil, entre 2007 et 2008, un ensemble de trois résidences dans le Maryland, aux États-Unis, pour 2,1 millions de dollars. Quid de Chakib Khelil ? Les autorités suisses ont saisi des documents liés à cinq comptes bancaires qu’il avait ouverts dans deux banques suisses. L’ancien ministre continue de s’opposer au transfert de ces données aux magistrats algériens.

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