Politique

Zimbabwe : Mugabe, un Castro africain

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Par  François Soudan

François Soudan est directeur de la rédaction de Jeune Afrique.

Ce sont les deux ultimes dinosaures de l’ère anti-impérialiste, les oubliés du grand dégel qui a suivi la chute du mur de Berlin. Même âge, ou presque, même personnalité rageuse et maximaliste, mêmes obsessions figées, même interminable crépuscule, parcours étrangement similaires. Robert Mugabe, 91 ans, et Fidel Castro, 88 ans, n’ont pas toujours été ce qu’ils sont devenus.

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Même si cette mauvaise graine qui mue trop souvent les libérateurs en dictateurs était depuis toujours plantée au creux de leur ADN, c’est à leurs adversaires autant qu’à eux-mêmes que l’on doit son épanouissement. Castro jusqu’au fiasco américain de la baie des Cochons, Mugabe jusqu’au jour où les Britanniques décidèrent de lui faire payer la note de la réforme agraire, incarnaient avec courage et charisme une dimension émancipatrice exempte de tout radicalisme. C’est ensuite que tout a dérapé : personnalisation extrême du conflit (Castro contre les Yankees, Mugabe contre les colons blancs), diabolisation, paranoïa, sanctions, cauchemar économique, et jusqu’à cette humiliation symbolique que constitue le règne sans partage, à Cuba et surtout au Zimbabwe, du roi dollar.

Si les icônes sont devenues des despotes et si les révolutions cubaine et zimbabwéenne sont des échecs en termes de développement démocratique, comment expliquer que leurs leaders jouissent encore d’une aura intacte auprès d’une partie non négligeable de la population de leur continent respectif ? La réponse et le constat sont simples : de Mugabe à Castro, de Sankara à Chávez, de Lumumba à Guevara, de Kadhafi à Allende, toute figure qui, depuis un demi-siècle, a dit non aux ex-puissances coloniales et sédimenté les ressentiments contre l’Occident est devenue ipso facto charismatique.

Peu importe si la rhétorique masque à la fois la faiblesse et l’autoritarisme du régime, peu importe si l’enchantement est d’autant plus durable que l’on s’éloigne du théâtre des exploits de nos héros : l’important, c’est le symbole. Derrière Mugabe se profile à la fois une cohorte de chefs d’État africains pressés de dire basta aux leçons de gouvernance, à la Cour pénale internationale et aux ONG, mais aussi une frange de l’opinion continentale, de plus en plus excédée par l’arrogance multiforme de l’homme blanc.

Entre Fidel et Robert, la seule vraie différence dans le fond, c’est la santé. Le premier a dû, il y a huit ans, céder la main à son demi-clone, Raúl. Dieu, les progrès de la bionique et les miracles de la médecine singapourienne ont fait que le second est aujourd’hui le plus vieux président au monde, élu jusqu’en 2018. Mugabe n’a pas de frère mais contrairement à Castro, il a une épouse, Grace, 49 ans, agressive, dépensière, omniprésente, ambitieuse et follement désireuse de survivre à l’extinction du dernier des T-Rex.

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