Politique

Opposition tchadienne : contre Boko Haram, mais pas avec Déby…

Saleh Kebzabo (à g.) et Ngarlejy Yorongar. © Vincent Fournier pour J.A.

En janvier, à l'Assemblée nationale, les députés de l'opposition ont approuvé l'engagement des troupes tchadiennes au Cameroun et au Nigeria. Mais, préviennent-ils, cela n'est pas un blanc-seing politique.

"Sur Boko Haram, il y a une sorte de consensus, car ce mouvement fait peur à tout le monde, affirme le député d’opposition Salibou Garba, de l’Alliance nationale pour la démocratie et le développement (AND). Mettre des bombes dans les mosquées, c’est difficilement supportable, et il faut enrayer cela au plus vite." Aussi, le 16 janvier, quand l’Assemblée nationale a été appelée à se prononcer sur l’envoi de troupes tchadiennes au Cameroun et au Nigeria, Garba a voté pour, comme tous les autres membres de l’opposition présents ce jour-là. Le vote a donc été unanime, comme en janvier 2013, lors du scrutin sur l’envoi de troupes au Nord-Mali.

"J’ai voté pour, car cela concerne la sécurité du peuple tchadien, explique le jeune député d’opposition Clément Djimet Bagaou, du Parti démocratique du peuple tchadien (PDPT). Quand toutes les routes du nord du Cameroun et du nord-est du Nigeria sont bloquées, nous risquons d’être asphyxiés. Donc, pour nous, c’est une question de survie." De fait, depuis que Boko Haram menace les transporteurs sur le tronçon nord de l’axe N’Djamena-Douala, le Tchad a nettement plus de mal à exporter son bétail et à importer des produits manufacturés.

Le régime qui gouverne le Tchad n’est même plus clanique, il est familial. Déby ne doit pas se représenter à la présidentielle de 2016, dit Kebzabo.

"Je suis pour cette opération, car le Cameroun est notre bouclier. S’il se casse, c’est nous qui sommes menacés, assure le chef de file de l’opposition, Saleh Kebzabo, de l’Union nationale pour le développement et le renouveau (UNDR). Mais cela ne change rien à ma position de fond. Le régime qui gouverne le Tchad n’est même plus clanique, il est familial. Déby ne doit pas se représenter à la présidentielle de 2016." En clair, Kebzabo tente de surfer sur la vague burkinabè : en octobre 2014, Blaise Compaoré est tombé après vingt-sept ans de pouvoir ; et, en décembre prochain, Idriss Déby Itno fêtera le 25e anniversaire de son arrivée au pouvoir…

>> À lire : Idriss Déby Itno, le boss du Sahel

"L’armée tchadienne fait la sale besogne à la place des Occidentaux"

Le problème, pour l’opposition, c’est qu’en cas de victoire militaire contre Boko Haram, le président tchadien aura une chance de se refaire une santé politique. Mais beaucoup d’opposants craignent avant tout la fraude. Pour eux, le recensement biométrique à venir de la population ne garantit pas, loin de là, la transparence du scrutin de 2016. Et ils préviennent : s’il n’y a pas un kit d’identification des électeurs dans chaque bureau de vote, ils se mobiliseront dès le jour du vote, sans attendre les délais prévus pour former des recours.

Autre problème, l’Occident. "Le 16 janvier, nous n’avons pas voté oui pour que le régime en tire un profit politique, avertit Kebzabo. Or c’est le risque. Comme l’armée tchadienne fait la sale besogne à la place des Occidentaux, je crains que ceux-ci ne ferment les yeux sur la fraude à venir." Preuve qu’Idriss Déby Itno est en cour, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, vient de lui rendre visite, louant son "courage" et lui promettant de plaider en sa faveur auprès du Fonds monétaire international (FMI). Réaction du député Ngarlejy Yorongar, qui n’a pas pris part au vote du 16 janvier : "C’est la prime que Paris donne à l’armée de mercenaires qui se bat pour les autres. À la place des socialistes français, je ne serais pas fier."

Yorongar n’est pas le seul à s’interroger sur le bien-fondé de l’opération anti-Boko Haram. "Un pays pauvre et endetté comme le nôtre peut-il faire la guerre à la place du Nigeria, qui est la vingtième puissance économique du monde ? demande le député Gali Ngothé Gatta, de l’Union des forces démocratiques (UFD), qui, lui non plus, n’était pas présent le 16 janvier. Les dépenses de l’État sont couvertes à 73 % par les recettes pétrolières et, à l’heure de l’effondrement des cours, je crois que la participation du Tchad à cette guerre est disproportionnée par rapport à ses moyens."

>> Pour aller plus loin : Combien coûte au Tchad la guerre contre Boko Haram ?

Déjà 250 000 inscrits !
NEWSLETTER

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte