Politique

Burkina : lutte contre la corruption et délit d’apparence

Mis à jour le 11 mars 2015 à 15:18
Georges Dougueli

Par Georges Dougueli

Journaliste spécialisé sur l'Afrique subsaharienne, il s’occupe particulièrement de l’Afrique centrale, de l’Union africaine et de la diversité en France. Il se passionne notamment pour les grands reportages et les coulisses de la politique.

Un paradoxe au "pays des hommes intègres" : le régime de Blaise Compaoré, se souciant comme d’une guigne de cette flatteuse réputation, s’était accommodé de la corruption d’une partie de ses dirigeants. Mais depuis la révolution d’octobre, on ne parle plus d’argent de la même manière. Le 4 mars, une loi anticorruption très répressive a été votée.Las, son article 63 fait sursauter.

Il punit d’un emprisonnement de deux à cinq ans, d’une amende de 5 millions à 25 millions de F CFA (de 7 620 à 38 110 euros) et d’une confiscation de patrimoine "quiconque ne peut raisonnablement justifier l’augmentation de son train de vie au-delà d’un seuil fixé par voie réglementaire au regard de ses revenus licites". Ce délit d’apparence est censé frapper les prédateurs de la fortune publique. Fort bien.

Sauf que ce tour de vis législatif repose sur une interprétation qui peut être trompeuse et potentiellement liberticide. Attention aux règlements de comptes par voie judiciaire ! Il ne faut pas ouvrir la chasse à ceux qui ont réussi sous prétexte que leurs biens seraient systématiquement mal acquis. Une bonne loi doit pouvoir réprimer l’abus sans sacrifier la liberté. Les Burkinabè doivent trouver un point d’équilibre pour faire rimer intégrité avec équité.