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Abdellatif Zaghnoun, un expert du redressement aux manettes de la CDG

Abdellatif Zaghnoun est diplômé de l'École Mohammedia d'ingérieurs (EMI).

Abdellatif Zaghnoun est diplômé de l'École Mohammedia d'ingérieurs (EMI). © ADP Maroc/Youtube

C'est un haut fonctionnaire qui a été choisi pour prendre la tête de la Caisse de dépôt et de gestion du Maroc. Et pas n'importe lequel : un ancien patron du fisc, comme pour en finir avec les excès.

Gérée depuis quelques mois par un intérimaire, Saïd Laftit, la puissante Caisse de dépôt et de gestion (CDG) a désormais un nouveau patron : Abdellatif Zaghnoun, 54 ans. Très respecté dans les milieux politique et économique, il a effectué toute sa carrière au service de l’État, dans le secteur public. Mais était tout sauf pressenti pour ce poste.

Après l’éclatement du scandale de Madinat Badès, qui a éclaboussé en août 2014 l’image de la CDG et de sa filiale immobilière, la Compagnie générale immobilière (CGI), ce sont les noms d’Ahmed Reda Chami et de Karim Ghellab, anciens ministres, technocrates diplômés des grandes écoles françaises, qui circulaient dans les salons feutrés de Casablanca et de Rabat.

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Première

Cette nomination constitue un changement majeur. Aussi bien sur la forme que sur le fond. Sur la forme, c’est la première fois depuis l’accession au trône de Mohammed VI que le directeur général de la CDG n’est pas issu des « couloirs du palais ». Le communiqué annonçant la nouvelle a été en cela très clair : le choix du monarque a été fait « sur proposition du chef du gouvernement et sur initiative du ministre des Finances ».

Lors de sa réception au palais royal de Fès, Abdellatif Zaghnoun était d’ailleurs accompagné de ce dernier, Mohamed Boussaïd. Idem lors de son installation à la CDG. « C’est en effet une première, la nouvelle Constitution de 2011 donne ce pouvoir au gouvernement. Mais celui-ci reste limité à la proposition de noms, puisque la stratégie et le pilotage de la CDG restent l’apanage du palais », nuance toutefois Mehdi Mezouari, député socialiste et membre de la commission des finances de la chambre des représentants. Message reçu.

Retour aux sources

Sur le fond, cette décision n’est pas non plus anodine. Le profil d’Abdellatif Zaghnoun, haut fonctionnaire, ancien patron de la douane et du fisc, est totalement différent de celui de ses prédécesseurs, Mustafa Bakkoury et Anass Alami, tous deux banquiers de haut vol et bardés de diplômes.

Formé à l’École Mohammadia d’ingénieurs de Rabat, il a passé les vingt premières années de son parcours professionnel à l’Office chérifien des phosphates (aujourd’hui Groupe OCP), gravissant les échelons un à un pour finir à la tête de la très stratégique direction des mines.

En 2004, il est repéré par le ministre des Finances du gouvernement Jettou, Fathallah Oualalou, qui le fait directeur de l’administration des douanes. Une fonction hautement sensible qu’il occupe jusqu’en 2009, date de son arrivée au fisc, en remplacement du puissant Noureddine Bensouda, ami d’enfance du roi Mohammed VI, aujourd’hui trésorier général du royaume.

« La nomination de Zaghnoun est un signal très fort. Un retour aux sources, puisque la quasi-majorité des directeurs généraux de la CDG étaient auparavant des cadres des finances, des gens qui n’étaient certes pas tous des anges mais qui arrivaient à concilier l’exigence du rendement avec le souci de l’intérêt général », explique Mohamed Chiguer, ancien directeur des études et du contrôle de gestion de la CDG et auteur du livre La Rescapée, une histoire romancée de cette institution.

Procès

Le sens de l’intérêt général, c’est justement ce qui manquait à Mustafa Bakkoury et Anass Alami. Ils ont été remerciés, le premier par texto, et le second avec un procès sur les bras. Abdellatif Zaghnoun arrive donc dans un contexte tendu, alors que l’image de la CDG a beaucoup souffert. Son principal défi est de redonner à la vieille dame de Rabat ses lettres de noblesse.

« Les difficultés financières, on peut toujours les surmonter. Mais le principal défi de Zaghnoun, c’est de lui rendre sa crédibilité, de remettre l’intérêt public au centre de son action. La CDG n’est pas une banque d’affaires… » explique Mohamed Chiguer.

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Une mission dans les cordes de l’ancien patron du fisc, même si certains doutent encore de sa légitimité. Plusieurs businessmen qui ont pourtant déjà subi ses foudres reconnaissent volontiers que Zaghnoun est un homme de dossiers, à la fois discret, honnête, bosseur et loyal. Durant son mandat à la Direction générale des impôts, les redressements et les contrôles fiscaux se sont multipliés. Mais sans jamais faire de vagues.

Ce haut fonctionnaire est aussi un réformateur. À la douane comme au fisc, il a changé la manière de faire des administrations et lancé de grands chantiers, comme la toute récente réforme fiscale, dont il a été la cheville ouvrière. « Il a préparé en personne les dernières assises de la fiscalité. Il a mené un formidable travail de concertation avec les différents opérateurs économiques et politiques. Et il a réussi à tracer une feuille de route claire et ambitieuse pour les cinq prochaines années », assure Mehdi Mezouari, pourtant farouche opposant du gouvernement Benkirane et de son administration.

Abdellatif Zaghnoun n’est pas non plus le genre de personnes à se laisser impressionner par la perspective de gros coups financiers, comme les investissements qu’a réalisés la CDG sous Bakkoury, dans le Club Med ou l’entreprise de microtechnologie Nemotek. Ceux-ci continuent aujourd’hui de peser lourd sur les finances du groupe. « Comme beaucoup de fonctionnaires, c’est un homme très prudent. Il ne met jamais les pieds sur des terrains inconnus. Pour de simples décisions, il a parfois besoin de consulter plusieurs personnes avant de foncer », confie un de ses anciens collaborateurs au fisc.

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