Politique

Maroc : Nizar Baraka, PPM deviendra grand

Mis à jour le 10 mars 2015 à 16:25

Surnommé Petit Premier ministre pour avoir activement assisté son oncle Abbas El Fassi entre 2007 et 2011, Nizar Baraka ne cesse de voir sa cote monter. Notamment auprès du Palais.

Cheveux grisonnants, ton mesuré, Nizar Baraka, 51 ans, fait désormais partie du monde feutré de la décision royale. À la tête du Conseil économique, social et environnemental (Cese), un think tank créé par Mohammed VI en 2011 et chargé de proposer les grandes réformes à accomplir, il multiplie les rapports sur la finance islamique, les retraites, les cliniques privées… Son dernier tour de force : l’élaboration, à la demande du roi et en collaboration avec Abdellatif Jouahri, gouverneur de Bank Al-Maghrib, d’une étude sur le capital immatériel qui va modifier les méthodes de calcul de la richesse nationale.

Certes, l’homme est reconnu pour ses compétences, mais son extraction n’est bien sûr pas étrangère à son ascension. Son père, Hassan Baraka, un homme d’affaires de Tétouan, est issu de la lignée des chorfa (nobles), lesquels ont toujours servi les sultans et ont élargi l’influence de l’Istiqlal dans le Nord. Sa mère, Leïla, est l’une des trois filles du leader istiqlalien Allal El Fassi.

Il gravit les échelons de l’Istiqlal

Chez les El Fassi, la politique est un héritage entretenu par les alliances maritales et les multiples ramifications de la famille dans la fonction publique. Tout naturellement, le jeune Nizar se destine au service de l’État. Après des études de droit, il exerce en tant que professeur universitaire, avant de rejoindre le ministère des Finances. Appuyé par son oncle Abbas El Fassi, dont il a épousé la fille Radia, qui est donc aussi sa cousine, il gravit les échelons de l’Istiqlal. En 2007, au moment de la préparation des élections législatives, il sort de l’ombre. Nommé directeur de campagne, il fait la promotion du premier programme économique du parti, qu’il a confectionné avec l’aide de la jeune relève de l’époque : Yasmina Baddou, Adil Douiri, Karim Ghellab… Son discours clair et son esprit méthodique séduisent en haut lieu. Il entre dans le radar du sérail.

Nommé par le roi chef du gouvernement après la victoire de l’Istiqlal aux législatives, Abbas El Fassi s’attache ses services comme ministre délégué chargé des Affaires économiques et générales, avec pour tâche notamment de réformer la Caisse de compensation. Mais sa mission tacite est d’assister son oncle, affaibli par l’âge et les séquelles de l’affaire Annajat (un scandale d’emplois fictifs qui l’avait éclaboussé en 2002). Tous les dossiers d’arbitrage du Premier ministre atterrissent chez lui. À tel point que ses collaborateurs le surnomment PPM, pour "Petit Premier ministre".

Le séisme Chabat

En 2011, Nizar Baraka rejoint le gouvernement Benkirane en tant que ministre de l’Économie et des Finances. "Conciliant, travailleur et habile, il arrive à imposer des changements en douceur", rapporte un ancien proche. En 2013, il se voit même décerner par la Banque mondiale le titre de ministre des Finances de l’année dans la région Mena (Moyen-Orient – Afrique du Nord).

Il n’a certes pas la verve de certains renards du parti, mais son aptitude à réunir un consensus est un atout majeur.

Tout alors semblait réuni pour que Nizar Baraka succède à son oncle à la tête de l’Istiqlal. Il n’a certes pas la verve de certains renards du parti, mais son aptitude à réunir un consensus est un atout majeur. Jusqu’à ce que le séisme Chabat s’abatte sur le parti ! Surfant sur l’hostilité du Mouvement du 20-Février à l’égard de la famille Fassi Fihri, présentée comme l’incarnation de la ségrégation sociale, Hamid Chabat réussit à ranimer de vieilles rancoeurs, notamment chez les Douiri, et se fait élire secrétaire général. "Baraka, se souvient un de ses proches, répétait à Chabat que l’histoire des Fassi est un héritage pour tout le Maroc." En pure perte.

En juillet 2013, décidé à en découdre avec le gouvernement Benkirane, le nouveau zaïm appelle ses ministres à démissionner. Baraka s’exécute, mais prend ses distances avec le parti. Quelques semaines plus tard, il est récupéré par le Palais. Repérant ses capacités d’adaptation en milieu hostile, le roi le nomme à la tête du Cese. Sans le dire ouvertement, le Palais ne serait pas mécontent de voir l’ancien "Petit Premier ministre" se glisser tôt ou tard dans la peau d’un véritable Premier ministre.