Économie

Compagnies aériennes : « Messieurs les politiques, laissez faire les professionnels! »

Cheick Tidiane Camara est président du conseil de surveillance du cabinet Ectar, spécialisé sur le secteur aérien africain.

Mis à jour le 5 mars 2015 à 13:30
Jeune Afrique

Par Jeune Afrique

Cheick Tidiane Camara est le PCA du cabinet Ectar. DR

L’Afrique francophone subsaharienne est la région du continent où, depuis la disparition de la multinationale Air-Afrique, les dessertes aériennes sont les moins à même de répondre aux besoins des usagers. Même si les expériences actuelles d’Air Cote d’Ivoire, d’Asky airlines en Afrique de l’Ouest et d’ECAir en Afrique centrale, méritent d’être suivies avec sympathie, on est pas moins en droit de se demander si une malédiction ne frappe pas cette région. Jugez-en !

Depuis les indépendances, le nombre de compagnies aériennes nationales disparues dans la zone laisse songeur : quatre au Mali, trois au Sénégal, deux en Côte d’Ivoire, deux en Mauritanie et deux au Gabon ! Et je pourrais continuer en citant la Guinée, le Cameroun, le Tchad, ou encore la RD Congo…

>>>> Lire aussi : Mort d’une compagnie aérienne

Depuis les indépendances, quatre compagnies aériennes ont disparu au Mali, trois au Sénégal, deux en Côte d’Ivoire, en Mauritanie et au Gabon…

Initiative gouvernementale

Le dénominateur commun à ces compagnies, est qu’elles ont toutes été créées sur initiative gouvernementale avec l’État comme actionnaire unique ou principal. Alors, il ne faut pas être un grand spécialiste pour en déduire que le savoir-faire des États en cette matière, laisse largement à désirer.

Quelle leçon tirer de ce constat ?

Qu’au 21e siècle, dans une économie libérale, les États n’ont pas vocation à être des acteurs majeurs dans un domaine d’activité aussi concurrentielle que le transport aérien.

Ils doivent se borner à créer :

– des autorités d’aviation civile réellement autonomes, dotées de moyens financiers et de ressources humaines suffisantes pour jouer pleinement leur rôle de régulation ;

– des infrastructures adéquates, notamment des aéroports bien équipés et certifiés ;

– un cadre réglementaire permettant une libre et loyale concurrence ;

– des incitations favorisant l’émergence d’initiatives privées et de financements indispensables ;

– les conditions nécessaires à une libre circulation des biens et des personnes.

Affaire de spécialistes

L’opportunité de la création et la gestion de transporteurs aériens doivent être laissées à ceux dont c’est le métier, et l’Afrique en regorge. Il faut simplement qu’on leur fasse confiance. Le management d’une compagnie aérienne est, comme dans d’autres activités, une affaire de spécialistes. La pérennité des équipes dirigeantes est un des gages de leur succès.

Donc, messieurs les politiques, laissez faire ceux qui savent faire, et tout ira mieux.