Politique

Ensaf Haidar : « Raif Badawi risque désormais la peine de mort pour apostasie »

Raif Badawi. © AFP

Selon son épouse, Ensaf Haidar, le blogueur saoudien Raif Badawi, déjà condamné à 1 000 coups de fouet et à dix ans de prison, risque désormais la peine de mort pour apostasie. Celle-ci s’est confiée à "Jeune Afrique".

Le blogueur saoudien Raif Badawi a été condamné, en mai 2014, à 1000 coups de fouet et 10 ans de prison pour "insulte envers l’islam". La justice saoudienne lui reproche d’avoir "questionné les autorités religieuses" de son pays. Sur son blog, il aurait également invité les musulmans à faire preuve de plus de tolérance envers les non-musulmans.

Le 9 janvier 2015, Raif Badawi a reçu les 50 premiers coups de fouet de sa sentence et depuis, toutes les séances qui doivent se tenir chaque vendredi pendant 20 semaines ont été suspendues, officiellement pour "raisons médicales".

Le cauchemar de Badawi, emprisonné depuis 2012, est loin d’être terminé. Son dossier a été renvoyé le 3 février dernier devant le tribunal pénal, et il pourrait cette fois-ci être jugé pour apostasie – reniement de la foi. Un crime passible de la peine de mort en Arabie Saoudite.

Sa femme, Ensaf Haidar, réfugiée à Sherbrooke au Québec avec ses trois enfants, s’est confiée à "Jeune Afrique".

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Jeune Afrique : Quelles sont les dernières informations que vous avez reçues concernant le sort de votre mari ?

Ensaf Haidar : Ce sont des informations très crédibles et surtout très alarmantes qui me proviennent directement d’Arabie Saoudite. Nous avons appris que le juge qui a déjà condamné mon mari à 1000 coups de fouet a demandé à la Cour d’appel de juger à nouveau Raif… mais cette fois-ci pour apostasie ! C’est très inquiétant… Il risque désormais la peine de mort. Je souhaite vivement que la communauté internationale fasse pression sur l’Arabie Saoudite. Il faut qu’il soit libéré.

Croyez-vous que la pression de la communauté internationale puisse convaincre l’Arabie Saoudite de libérer votre mari ?

Je reçois de nombreux appuis venant du monde entier. Je reçois des appels toutes les cinq minutes. Mais jusqu’à maintenant, l’Arabie saoudite n’a jamais reculé. Je garde espoir parce que mon mari est innocent. On doit le prouver. C’est un bon musulman, il n’a jamais renié sa religion. Il n’est surtout pas criminel. Il n’a incité personne à la révolte. Si la liberté d’expression en Arabie Saoudite existait, mon mari ne serait pas emprisonné.

Plusieurs séances de coups de fouet ont été suspendues pour des raisons médicales. Quel est l’état de santé de votre mari ?

Je sens qu’il est très souffrant. Il a plusieurs problèmes de santé. Les blessures liées aux coups de fouet qu’il a reçus début janvier ne guérissent pas. Dès qu’il ira mieux, la flagellation reprendra.  Moralement, c’est très difficile pour lui. Raif est déprimé. Je ne le reconnais presque pas : il pleure, sa voix tremble, il a des crises de panique. Je suis vraiment inquiète pour lui. Il est sous pression et il ne peut pas tout me dire car il est surveillé et écouté.

Vous pouvez communiquer directement avec lui ?

Oui, je peux parler au téléphone avec Raif une à deux fois par mois. La situation est aussi difficile pour mes enfants, même si je fais tout pour leur éviter de connaître toute la vérité sur leur père, emprisonné et torturé à coups de fouet. Et moi, tout ce que je veux, c’est que mon mari soit libéré et vienne enfin nous rejoindre.

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Amnesty International s’inquiète

Le nouveau rebondissement dans le dossier de Raif Badawi inquiète Amnesty International. Cependant, l’organisation de défense des droits humains n’est pas en mesure de confirmer l’information rapportée par l’épouse du blogueur saoudien, même si "légalement tout est possible" dans ce pays, dit l’ONG. Raif Badawi avait déjà été accusé d’apostasie mais ces accusations avaient finalement été abandonnées en 2013. En septembre 2014, l’Arabie Saoudite a fait de nombreuses réformes judiciaires qui autorisent désormais les cours pénales à juger les crimes d’apostasie.

Amnesty International a lancé une vaste campagne de mobilisation afin d’exiger la libération immédiate du blogueur, père de trois enfants. En date du 4 mars, une pétition a réussi à réunir plus de 1 132 531 signatures.

 

Pour rappel, des responsables saoudiens avaient rejoint les rangs de la marche républicaine du 11 janvier 2015 à Paris, au nom de la liberté d’expression, après les attentats contre Charlie Hebdo.

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