Politique

Côte d’Ivoire : retour sur une semaine d’audiences au procès des pro-Gbagbo

Mis à jour le 20 février 2015 à 16:37

Les audiences des 83 accusés pro-Gbagbo mis en cause pour leur rôle dans les violences postélectorales de 2010 et 2011 vont s’achever lundi avec l’audition de Simone Gbagbo. Cette semaine, des personnalités politiques et militaires de haut-rang se sont présentées à la barre.

C’est le moment que tout un pays attend. Lundi 23 février, Simone Gbagbo comparaîtra devant la cour d’assises d’Abidjan. La dernière audience d’un procès fleuve qui aura vu 83 accusés pro-Gbagbo être auditionnés pour leur rôle présumé dans les violences postélectorales de 2010 et 2011. Cette semaine, des personnalités politiques et militaires de haut-rang se sont présentées à la barre pour répondre des accusations d’atteinte à la sûreté de l’État.

Affi N’Guessan appelle au pardon

Après une première journée qui aura vu défiler trois civils ex-membres de la sécurité de Laurent Gbagbo – Djékouri Aimé, Ziza Kaka Jean Louis et Baï Drépuba Patrice -, ce fut au tour de Pascal Affi N’Guessan de s’exprimer mardi.

Très à l’aise, le président du Front populaire ivoirien (FPI) a réfuté les accusations d’appel à la violence. Il a plaidé pour que "la justice s’inscrive dans la voie de la réconciliation, qu’elle rassemble les Ivoiriens au lieu d’accumuler des ressentiments". "La justice doit être capable de pardonner et de prendre une décision d’opportunité pour qu’il n’y ait pas de ressentiment", a-t-il estimé devant la cour d’assises d’Abidjan.

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Pascal Affi N’Guessan a également affirmé que "juridiquement [d’après la décision du Conseil constitutionnel après la présidentielle de 2010], il (n’était) pas possible que Alassane Ouattara devienne président". Et d’ajouter que le but des négociations avec l’Union africaine (UA) pendant la crise postélectorale n’était pas d’"imposer un président" à la Côte d’Ivoire.

Lors de la même audience, Geneviève Bro Grébé, ancienne ministre ivoirienne des Sports et présidente des Femmes patriotes, et Narcisse Kuyo Tea, l’ancien chef de cabinet de Laurent Gbagbo ont également été entendus. "J’ai les preuves que Gbagbo a gagné les élections", a notamment déclaré celle qui fut son ancienne directrice de campagne.

Le cas Michel Gbagbo

Michel Gbagbo fut quant à lui entendu le lendemain, mercredi 18 février. "Je n’ai jamais eu à jouer un rôle politique. J’ai participé à la campagne présidentielle à laquelle mon père était candidat comme étant un simple militant", a affirmé ce Franco-Ivoirien né d’un premier mariage de Laurent Gbagbo.

Sept témoins se sont succédés à la barre pour incriminer ce professeur de psychologie, qui est plutôt resté dans l’ombre durant la crise. Agé de 45 ans, Michel Gbagbo, vêtu d’un costume noir ajusté, est notamment accusé d’avoir appuyé des jeunes qui dressaient des barrages pendant la crise postélectorale.

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"Michel Gbagbo m’a fait souffrir pendant la crise postélectorale. Il est arrivé avec des miliciens en armes pour faire irruption dans notre bureau de vote", a affirmé l’un d’entre eux. "Quelques minutes après, des hommes en armes sont venus nous battre", a-t-il poursuivi à la barre, montrant ses cicatrices.

"Je ne reconnais pas les faits. Je n’ai jamais entretenu de milices", a répondu l’accusé. "Si je dois être éventuellement condamné, que ce soit à cause des faits pour lesquels on me poursuit et non parce que je suis le fils de Laurent Gbagbo", a-t-il lancé.

Aboudramane Sangaré, la piste diplomatique

Son audition fut suivie par celle d’Aboudramane Sangaré. Inspecteur général de l’État lors des faits qui lui sont reprochés, il a indiqué que Laurent Gbagbo, dont il est proche, était prêt à rencontrer Alassane Ouattara pendant la crise afin de la résoudre pacifiquement. "Il (Laurent Gbagbo) n’a jamais privilégié la piste de la guerre pour tuer qui que ce soit. C’est la piste diplomatique qu’il avait privilégiée".

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"On me reproche d’avoir respecté la loi. Atteinte à l’autorité de l’État, quel État ? L’État incarné par Laurent Gbagbo. M’attaquer à moi-même ? Ce n’est pas possible", s’est-il ensuite défendu.

Dogbo Blé, le sécurocrate

Le général Brunot Dogbo Blé, homme fort de l’ex-président Laurent Gbagbo, fut appelé jeudi à s’expliquer sur son rôle lors de la crise. Quatre témoins ont défilé à la barre pour l’incriminer. Les soldats de la garde républicaine, que dirigeait le général Dogbo, "ont tiré sur les jeunes pendant la crise", a accusé l’un d’entre eux, paralysé des quatre membres, qui témoignait en chaise roulante.

"Les soldats de la garde républicaine nous ont battus, frappés et ont tué mes deux frères", a raconté un autre témoin.

"Je ne reconnais pas les faits", a répondu le général Dogbo, s’affichant comme un "militaire et non un politique". "Je mets quiconque au défi de m’apporter une seule preuve pour me confondre face aux accusations d’’atteinte à la sûreté de l’État’", a-t-il insisté.

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Par Vincent DUHEM