Défense

Nigeria : Goodluck Jonathan reconnaît avoir sous-estimé Boko Haram

| Par Jeune Afrique
Le président nigérian, Goodluck Jonathan.

Le président nigérian, Goodluck Jonathan. © AFP

Le chef de l’État nigérian, Goodluck Jonathan, a reconnu dimanche avoir sous-estimé la capacité de nuisance de Boko Haram. Ce même jour, une fillette a tué cinq personnes en se faisant exploser dans le nord-est du pays.

L’aveu de faiblesse de Goodluck

Dans un entretien à l’influent journal privé This Day, diffusé dimanche 22 février, le président nigérian Goodluck Jonathan a reconnu avoir "sous-estimé" le groupe terroriste.

"Probablement, au début (de l’insurrection), nous – je veux dire mon équipe et moi-même – avons sous-estimé les capacités de nuisance de Boko Haram", a-t-il déclaré, ajoutant que de "nombreux responsables sécuritaires" ont fait dans le passé des déclarations minimisant la portée du groupe.

De fait, depuis 2009, les forces nigérianes ont échoué à endiguer l’expansion des insurgés, même si elles ont annoncé récemment avoir repris plusieurs villes à Boko Haram et tué des centaines de ses membres, comme dans les villes stratégiques de Monguno et Baga.

>> Lire aussi : Boko Haram sur les traces du califat de Sokoto ?

Selon Goodluck Jonathan, l’armée nigériane s’est dotée récemment de nouvelles armes et munitions. "Si Dieu le veut, nous arrêterons Shekau avant les élections", a dit le président, candidat à sa réélection.

Le Nigeria devait organiser le 14 février une présidentielle couplée à des législatives et sénatoriales, qui ont été reportées de six semaines, au 28 mars, pour permettre à l’armée de se concentrer sur son offensive contre les islamistes.

La tournée de Fabius

Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a effectué ce week-end une tournée africaine de 48 heures au Tchad, au Cameroun et au Niger. Tandis que les pays voisins du Nigeria organisent la riposte militaire, le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a précisément invité Abuja à s’engager "pleinement" contre le groupe islamiste, dimanche à Niamey.

"On n’est pas partis pour une guerre de 10 ans. Nous avons les forces qui sont déjà en place. Si ces forces peuvent être financées et équipées, je pense qu’on viendra à bout de Boko Haram assez rapidement", a pour sa part estimé le président nigérien, Mahamadou Issoufou.

>> Lire aussi : l’armée camerounaise face à la pieuvre Boko Haram

Le Nigeria, le Niger, le Tchad, le Cameroun et le Bénin ont annoncé le 7 février qu’ils allaient mobiliser 8 700 hommes dans une force multinationale. Ils comptent déposer d’ici "fin février" un projet de résolution devant le Conseil de sécurité, selon le gouvernement camerounais

Stratégie de la terreur

Sur le terrain, la stratégie de la terreur utilisée par Boko Haram se poursuit. Une fillette âgée d’environ 7 ans a tué cinq personnes en se faisant exploser dimanche dans le nord-est du Nigeria. D’après des témoins joints depuis Kano (Nord), celle-ci a actionné vers 13h30 locales (12h30 GMT) une ceinture d’explosifs qu’elle portait à la taille à Kasuwar Jagwal, un lieu dédié à la vente et la réparation de téléphones à Potiskum, très fréquenté à cette heure de la journée. Cinq personnes ont été tuées et 19 blessées.

Selon les témoins, elle avait été renvoyée quatre fois à l’entrée du site par des gardiens et membres de milices d’auto-défense qui l’avaient jugée suspecte, en raison de son âge. Les contrôles se sont faits plus stricts depuis un précédent attentat-suicide commis en janvier par deux filles d’environ 15 et 20 ans aux abords du même site, ayant fait six morts et 37 blessés.

Finalement, la fillette est revenue par un autre côté, "elle s’est baissée pour franchir le cordage de sécurité, à une certaine distance de nous. Et c’est là qu’elle s’est fait exploser", a expliqué Buba Lawan, chef d’une milice locale d’autodéfense.

L’attaque-suicide n’avait pas été revendiquée mais, selon plusieurs observateurs, elle porte la signature de Boko Haram, qui a déjà eu recours à plusieurs reprises à des femmes et des fillettes pour ce type d’opérations.

Reprise de Baga

Le groupe a étendu ses attaques au Cameroun, au Niger et au Tchad, qui le combattent à leurs frontières, et même sur le sol nigérian pour les troupes tchadiennes. Ces dernières ont repris récemment aux islamistes plusieurs localités importantes comme Gamboru et Dikwa (nord-est), proches de la frontière camerounaise.

Le Nigeria a de son côté annoncé samedi avoir repris Baga, ville stratégique sur les rives du lac Tchad, victime en janvier d’un massacre sanglant de Boko Haram. L’armée poursuivait dimanche ses opérations de ratissage.

"Le bouclage et la fouille (de Baga) ainsi que les patrouilles dans les localités (proches) se poursuivent, tandis que l’offensive contre les terroristes progresse dans d’autres secteurs" du Nord-Est, a annoncé dimanche soir le porte-parole du ministère nigérian de la Défense, Chris Olukolade dans un communiqué.

Pour aller plus loin lire l’humeur : le parti de Dieu

(Avec AFP)

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