Politique

RDC : Kinshasa fustige les critiques du ministre belge De Croo envers le régime de Kabila

Le gouvernement congolais s’est dit « choqué » et  « fatigué des donneurs de leçons » après avoir essuyé les critiques frontales d’Alexander De Croo, le ministre belge de la Coopération au développement, en visite en RDC du 20 au 25 février en compagnie de Didier Reynders, son collègue des Affaires étrangères.

Mis à jour le 26 février 2015 à 17:47

Il n’aura pas attendu longtemps avant de créer la polémique. Quelques heures à peine après son arrivée en République démocratique du Congo (RDC), samedi 21 février, Alexander de Croo, le ministre belge de la Coopération, a tiré à boulet rouge sur le régime de Joseph Kabila. Accompagné du ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, il a vertement dénoncé les récentes violations des droits de l’homme dans le pays.

"La situation face à laquelle nous nous trouvons, avec son lot d’arrestations, de justice arbitraire et d’interruption de l’internet mobile et du trafic des SMS n’est pas tolérable", a fustigé le ministre devant des journalistes. Nous ne pouvons pas accepter le statu quo des dernières semaines en RDC". Des déclarations qui ont évidemment été applaudies des deux mains par l’opposition congolaise.

"Toute l’opposition et la société civile accueillent favorablement les mots du ministre De Croo", a expliqué Vital Kamerhe de l’Union pour la nation congolaise (UNC) à l’agence Belga. "Pendant notre entretien, M. Reynders m’a confirmé qu’il était sur la même ligne que M. De Croo, même si chacun a son style propre. Pour nous, cela compte que le gouvernement belge ait pris une position claire".

"Un régime qui prend la direction de la dictature"

Felix Tshisekedi, le fils de l’opposant historique Étienne Tshisekedi et porte-parole du groupe parlementaire de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), a également salué les propos de M. De Croo. "C’est normal que de telles déclarations soient faites au sujet d’un régime qui prend la direction de la dictature", a-t-il lancé. Et d’ajouter : "Si les élections ne sont pas organisées avant fin 2016, nous aurons le chaos. (…) Rien ne sera plus légal au Congo".

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En dépit des propos controversés de De Croo, qui ont fait la une de la presse congolaise, le président Joseph Kabila a accepté de rencontrer les deux vice-Premiers ministres belges in extremis, mercredi soir, avant leur départ de Kinshasa. La rencontre s’est déroulée à huis clos, sans la présence des médias, dans un climat détendu, aux dires des deux hommes politiques belges.

Réplique de Lambert Mende : "les fictions infantiles de Tintin au Congo sont passablement dépassées"

Le gouvernement congolais n’a cependant pas tardé à réagir de manière très vigoureuse, par un communiqué assassin du ministre de la Communication et des Médias, Lambert Mende, en date du 25 février 2015. "Votre discours dans une langue, le néerlandais, que très peu de Congolais maîtrisent, témoigne en effet d’une méconnaissance du fait que le monde a changé depuis l’indépendance de notre pays en 1960 et que les fictions infantiles de Tintin au Congo sont passablement dépassées, comme grille de lecture des faits et des idées", écrit-il.

"Les personnes arrêtées lors des événements de triste mémoire que les Congolais ont vécu les 19 et 20 janvier derniers, avaient été, dans leur grande majorité, surprises par la police en flagrant délit de pillage, d’incendie criminel, de vandalisme ou de violences mais vous vous permettez d’enjoindre à la justice de ne pas les poursuivre. Illusion du savoir immédiat ou réceptivité excessive aux caricatures de la rumeur ? Peut-être les deux", poursuit Lambert Mende.

Le porte-parole du gouvernement accorde cependant "le bénéfice du doute" à De Croo, en indiquant le juger moins sévèrement qu’un ancien ministre belge qui "avait pris l’habitude depuis 2001 de se fourrer jusqu’au cou dans les affaires congolaises en s’autoproclamant "faiseur de rois" sous nos tropiques, dit-il en référence à Karel De Gucht. Mais Lambert Mende ne peut s’empêcher de décocher la flèche du Parthe. "Je suis néanmoins perturbé devant le fait que les présumés pillards des 19 et 20 janvier dont vous êtes devenu l’avocat passionné avaient ciblé quasi exclusivement les intérêts chinois à Kinshasa. J’ai donc la pénible impression que c’est moins l’intérêt des "pauvres Congolais" que celui de ces groupes mercantilistes rivaux des Chinois qui nous oppose. Plaise à Dieu qu’elle soit fausse !"

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