Politique

Fespaco : l’imbroglio « Timbuktu »

Le film « Timbuktu », qui a raflé sept prix lors de la dernière cérémonie des Césars, dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur pour Abderrahmane Sissako, sera-t-il programmé au Fespaco prévu samedi ?

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Mis à jour le 27 février 2015 à 09:07

Le réalisateur mauritanien du film Abderrhamane Sissako, le 20 février 2015. © AFP

Si même le président s’en mêle… "Ce qui pourrait m’inciter à aller avec vous dans les salles de cinéma ces jours-ci, c’est que vous me promettiez de diffuser le film ‘Timbuktu’. Alors, très certainement, je serai avec vous", a déclaré jeudi 26 février le chef de l’État burkinabè, Michel Kafando, lors d’une rencontre avec la scène culturelle.

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Volte-face

Alors que le Fespaco, l’un des plus importants festivals du film africain, démarre samedi à Ouagadougou, on ne sait toujours pas si le film qui a raflé sept prix lors de la dernière cérémonie des Césars, dont celui du meilleur film et du meilleur réalisateur pour Abderrahmane Sissako, sera programmé.

Joint par nos soins, le 25 février, Gervais Hien, chargé de communication du Fespaco avait affirmé qu’après plusieurs jours de discussion, le festival avait décidé de ne pas projeter le film en compétition officielle, notamment en raison du "contexte sécuritaire en Afrique de l’Ouest".

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Mais, la publication du communiqué qui devait annoncer officiellement le retrait de Timbuktu a été reportée. Sans démentir l’information, Ardiouma Soma, le délégué général du festival, nous a déclaré mercredi en fin de journée que la décision serait prise définitivement le lendemain, jeudi.

Or, jeudi soir, aucune décision officielle n’avait encore été prise. Contactée par l’AFP, la direction du Fespaco s’est pour l’instant refusée à tout commentaire.

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Menaces sécuritaires ?

"Il y a pas mal de problèmes sécuritaires qui se posent" autour de "Timbuktu", a estimé le ministre de la Culture burkinabè Jean-Claude Dioma, interrogé par l’AFP, promettant de livrer rapidement la "position officielle" du gouvernement sur le sujet.

"Personnellement, je n’ai pas eu vent de menaces sur le Burkina ou sur de quelconques intérêts (étrangers), mais il y a des menaces partout où les islamistes pensent qu’on est en train de toucher à des aspects de leur croyance", a-t-il commenté.

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Aucune menace spécifique n’a pour l’instant été détectée sur le Burkina du fait de la diffusion de "Timbuktu", ont indiqué plusieurs sources diplomatiques.

Des manifestations contre la publication d’une caricature de Mahomet dans l’hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo s’étaient transformées mi-janvier en émeutes anti-chrétiennes au Niger voisin, faisant 10 morts et des dizaines de blessés.

La colère de Sissako

Si, d’après une source proche de l’organisation citée par l’AFP, Abderrahmane Sissako n’a "jamais reçu de notification officielle sur le retrait du film" puisque "les tractations se poursuivent", le réalisateur du film n’a pas tardé à réagir.

"Cela ne m’étonne pas car la direction du Fespaco m’a contacté ces derniers jours pour évoquer cette éventualité. Je ne suis évidemment pas solidaire de cette décision qui n’a pas été prise en concertation avec moi", a-t-il expliqué à Jeune Afrique mercredi.

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(Avec AFP)