Politique

São Tomé-et-Príncipe : Patrice Trovoada, dans les pas de papa

Patrice Trovoada est le fils du premier président démocratiquement élu. © Patricia De Melo Moreira/ AFP

Jamais deux sans trois. En novembre, Patrice Trovoada a été nommé une nouvelle fois à la tête du gouvernement. Rencontre avec un héritier devenu incontournable sur la scène politique locale.

Son père, Miguel Trovoada, fut le tout premier Premier ministre du pays après l’indépendance, il y a quarante ans, puis le premier président élu démocratiquement, en 1991. Patrice, son fils, marche sur ses traces.

Nommé en novembre à la tête du gouvernement, et ce pour la troisième fois depuis 2008, cet économiste de formation dispose, avec l’Action démocratique indépendante (ADI), d’une majorité confortable à l’Assemblée. La cohabitation avec le président Manuel Pinto da Costa, qui dirigeait également le pays en 1975, devrait être plus simple qu’elle ne le fut du temps de son père – les deux hommes étaient des adversaires notoires. Et c’est tant mieux, car les chantiers ne manquent pas dans ce petit archipel de moins de 200 000 habitants.

"Notre position, dans le golfe de Guinée, est stratégique. Nous devrions pouvoir devenir une ancre logistique", dit-il en marge du forum économique franco-africain qui s’est tenu le 6 février à Paris. Son idée : développer un port en eau profonde et proposer un lieu "fiscalement attractif à deux heures d’un marché de 350 millions de consommateurs".

Sous les ors de l’hôtel Raphael, à Paris, où nous l’avons rencontré, l’homme confesse avoir "pris de l’embonpoint" depuis 2006 et sa première campagne présidentielle. Patrice Trovoada veut tout faire en même temps. Répondre à nos questions, organiser un déjeuner avec ses enfants et téléphoner à un ministre portugais pour évoquer la candidature de l’ancien international Luís Figo à la tête de la Fédération internationale de football association (Fifa).

"Il est normal que nous le soutenions face à Sepp Blatter", explique ce touche-à-tout qui a commencé sa carrière politique aux côtés de son père en 1992 et qui, six ans plus tard, s’était même essayé à la presse. "Cette année-là, avec quelques actionnaires africains, nous avions lancé L’Autre Afrique à Paris." Le dispendieux magazine avait pris ses quartiers rue de Berri, à deux pas des Champs-Élysées, et n’avait tenu que quelques années.

Les premiers retours d’exploration assez modestes

À São Tomé, qui dépend à 50 % de l’aide internationale, l’heure n’est pas aux dépenses inconsidérées – pas encore. Mais l’île est souvent citée comme un futur eldorado pétrolier. Sa situation géographique, aux portes des principaux producteurs du continent, alimente tous les fantasmes. "Les annonces [2 milliards de barils de réserves estimées] sont avant tout spéculatives, car les premiers retours d’exploration sont assez modestes. Je suis persuadé que cela arrivera un jour, quand les techniques d’exploration en eau profonde se seront améliorées. Mais est-ce vraiment dans notre intérêt ? Préserver notre environnement et le mettre en valeur est plus pérenne pour nous."

De l’autre côté du continent, dans l’océan Indien, à Maurice ou aux Seychelles, avec lesquelles São Tomé partage des paysages de carte postale, le tourisme est devenu l’un des secteurs phares de l’économie. "Nos infrastructures hôtelières sont tout à fait honorables, mais nous devons améliorer les liaisons aériennes."

Fils d’une lignée respectée – l’une des seules familles musulmanes de l’archipel – et connue sur le continent, Patrice Trovoada est réputé avoir un large réseau chez les puissants. Proche du Congolais Denis Sassou Nguesso, de l’Angolais José Eduardo dos Santos ou du Gabonais Ali Bongo Ondimba (Trovoada est d’ailleurs né à Libreville, en 1962), il côtoie aussi depuis peu, au sein de la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP), Teodoro Obiang Nguema. "Les relations bilatérales sont bien pratiques pour faire avancer certains dossiers, confie-t-il. Au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale [Ceeac], c’est parfois un peu trop lent."

Il refuse en revanche d’émettre un avis tranché sur les questions de longévité au pouvoir ou de modification de la Constitution – questions auxquelles plusieurs de ses "amis" sont confrontés. "Une réforme constitutionnelle ne doit pas se faire pour ou contre un homme. Je ne suis ni pour ni contre la limitation des mandats. Chaque pays doit regarder ses spécificités et ce dont il a besoin."

Et la nomination de Robert Mugabe, 90 ans, à la tête de l’Union africaine (UA) ? "C’est une polémique occidentale. Nous partageons certaines thématiques avec le Zimbabwe, comme l’appropriation des terres. Lui les a réglées à sa manière, avec l’héritage historique qui est le sien. Son discours n’est pas toujours très diplomate, mais l’Occident doit comprendre qu’en Afrique, même si nous tenons à la démocratie et à la bonne gouvernance, il y a des spécificités à prendre en compte."

Trouver quelqu’un pour prendre la relève

En 2016, São Tomé-et-Príncipe devra voter. Pinto da Costa, 77 ans, pourra briguer un second mandat, comme l’y autorise la Constitution. Trovoada sera-t-il de la partie ? Sans doute pas. "Chez nous, le président a un rôle d’arbitre. Pour faire changer les choses, mon poste est plus important, et je ne renoncerai à mes responsabilités que si je trouve quelqu’un, au sein de l’ADI, capable de prendre la relève. L’année prochaine j’aurai 54 ans. J’ai encore le temps." L’idée serait donc plutôt de trouver un autre que lui pour porter les couleurs de l’ADI. Et si ce candidat issu de la même famille politique remportait le scrutin, "nous aurions alors les mains libres pour gouverner".

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