Diplomatie

OIF : Michaëlle Jean dans ses meubles

La nouvelle secrétaire générale de l'OIF a pris ses fonctions le 5 janvier, deux jours avant l'attentat contre Charlie Hebdo. L'émotion retombée, elle met patiemment en place ses équipes et sa politique.

Et maintenant, Michaëlle Jean va devoir convaincre. Son élection au poste de secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), à Dakar, en décembre 2014, n’avait pas fait que des heureux. Le Congo-Brazzaville, Maurice et le Burundi, par exemple, n’avaient pas apprécié d’être contraints de lâcher leurs candidats respectifs en raison des pressions amicales de François Hollande et de Macky Sall… Et puis, la première conférence de presse de la nouvelle patronne de la Francophonie n’avait pas convaincu tout le monde.

Au siège parisien de l’organisation, ces tumultes désormais paraissent loin. Depuis la passation de pouvoir avec Abdou Diouf, le 5 janvier, Michaëlle Jean se coule dans la fonction avec discrétion et modestie. "Elle a parlé pendant des heures avec tous les employés, témoigne un cadre. Je n’ai pas l’impression qu’elle soit arrivée avec un programme préétabli. Pour l’instant, elle joue la continuité."

Deux jours plus tard, c’était l’attentat contre Charlie Hebdo. "Elle a été conviée à participer à la marche républicaine du 11 janvier, explique son entourage, ce qui lui a permis d’échanger avec les chefs d’État présents : Ibrahim Boubacar Keïta, Faure Gnassingbé, Mahamadou Issoufou, Ali Bongo Ondimba, mais aussi Angela Merkel et Benyamin Netanyahou."

Depuis, elle en a reçu deux autres : le Guinéen Alpha Condé et le Malgache Hery Rajaonarimampianina. Préoccupée par les crises africaines, elle s’est entretenue au téléphone avec Catherine Samba-Panza, la présidente de la transition centrafricaine, et avec Nkosazana Dlamini-Zuma, la présidente de la Commission de l’Union africaine, à la veille du sommet d’Addis-Abeba, où deux conseillers, le Sénégalais Ousmane Paye et le Canadien Jacques Bilodeau, la représentaient. Bon connaisseur des rouages de l’OIF et ex-directeur des affaires de l’Afrique francophone au ministère canadien des Affaires étrangères, le second est, à terme, appelé à succéder au premier.

Une femme de communication, ancienne journaliste

Michaëlle Jean s’est informée auprès des francophones directement menacés par l’insurrection islamiste de Boko Haram : le Nigérien Mahamadou Issoufou, le Camerounais Paul Biya et le Tchadien Idriss Déby Itno. "Elle a tenu à rendre hommage au Tchad pour le sacrifice de ses hommes au Mali, au Cameroun et au Nigeria", indique un conseiller.

Elle a beau avoir fait du dialogue sa marque de fabrique, elle a réagi très vite à la crise en RD Congo. Dès le 21 janvier, alors que Kinshasa connaissait une troisième journée de violence, elle a fait connaître sa "préoccupation" – sans en informer les autorités au préalable. En comparaison, Abdou Diouf n’avait, lors de la crise burkinabè, réagi qu’après la démission de son ami Blaise Compaoré.

"Diouf prenait du recul, de la hauteur, rappelle un cadre de l’OIF. Elle, c’est une femme de communication, une ancienne journaliste. Je pense qu’elle va prendre l’habitude de réagir publiquement et rapidement. Ce ne sera pas forcément une mauvaise chose puisque la principale faiblesse de l’organisation est son manque de visibilité." C’est peut-être pour cette raison qu’elle a rétabli le poste, tombé en désuétude sous Diouf, de porte-parole du secrétaire général. Elle y a nommé un autre Canadien, Louis Hammann, qui s’occupait déjà de sa communication pendant sa campagne électorale.

Mais la nomination la plus importante sera celle de l’administrateur général, le numéro deux de l’organisation. Clément Duhaime va devoir renoncer au poste puisqu’il est lui aussi canadien. La nomination de son successeur pourrait intervenir fin mars, lors de la réunion du Conseil permanent de la francophonie (CPF). Un temps pressenti pour le poste, le Mauricien Jean Claude de l’Estrac, le rival malheureux de Michaëlle Jean, ne fait plus partie des favoris depuis ses féroces critiques contre l’attitude de la France avant le scrutin de Dakar.

Car Paris aura évidemment son mot à dire. "En tant que premier donateur et pays hôte du siège de l’OIF, nous suivons bien sûr le choix qui sera fait, indique-t-on au ministère des Affaires étrangères. Nous avons fait savoir à Michaëlle Jean quel était selon nous le profil d’un bon candidat : un Africain, mais choisi pour ses compétences. Cela dit, le choix lui appartient."

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