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Cet article est issu du dossier «Gabon, à l'heure des comptes»

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Politique

Gabon : quatre femmes de pouvoir qui se sont imposées face aux hommes

De g. à dr. Rose Christine Raponda, Madeleine Berre, Sidonie Flore Ouwé, Rose Allogo Mengara. © DR ; JA ; Desirey Minkoh

Ces quatre femmes se sont imposées dans le marigot politique, économique ou judiciaire. Leur secret pour venir à bout des préjugés sexistes ? Compétence et opiniâtreté.

Au Gabon comme ailleurs, la plupart des femmes doivent braver des préjugés sexistes et des pesanteurs culturelles afin de bâtir leurs carrières. Et particulièrement celles qui ont osé entrer – comme par effraction – dans les allées du pouvoir. Elles sont jugées plus durement que les hommes, non seulement dans le monde professionnel mais aussi dans leur vie personnelle si, par malheur, l’éducation de leurs enfants tourne mal.

Femmes d’affaires, élues locales, magistrates ou conseillères politiques, elles ont dû se battre pour changer les mentalités et faire reconnaître leur mérite pour accéder à des postes à responsabilité. Aujourd’hui, elles sont enfin unanimement considérées comme faisant partie du cercle restreint des personnalités les plus influentes du pays.

Rose Christiane RAPONDA, maire de Libreville

Personne n’avait vu venir la discrète mais influente ministre du Budget. Après avoir été élue conseillère municipale du 3e arrondissement de Libreville à l’issue du scrutin local de décembre 2013, Rose Christiane Ossouka Raponda, l’ancienne directrice générale adjointe de la Banque de l’habitat du Gabon, est devenue la première femme maire de la capitale. Et sa mission n’est pas une sinécure.

Comment s’attaquer au problème des ordures ménagères qui s’entassent dans les rues quand la quasi-totalité du budget de la mairie (18 milliards de F CFA, soit 27,4 millions d’euros) est affectée aux dépenses de fonctionnement ? En attendant les réformes nécessaires, les effectifs demeurent pléthoriques, les trafics, nombreux… À la hauteur des défis de l’édile.


Rose Christiane RAPONDA. © Desirey Minkoh

Madeleine BERRE, présidente de la Confédération patronale gabonaise (CPG)

À la tête du syndicat patronal depuis décembre 2013, l’associée et directrice générale du cabinet juridique et fiscal Deloitte Gabon a succédé à un patron emblématique dans le pays, Henri-Claude Oyima (PDG du groupe bancaire BGFI). Une charge importante puisqu’elle est ainsi devenue la porte-parole et représentante de 300 entreprises qui génèrent 80 % du PIB du pays et concentrent 90 % des emplois dans le secteur privé. Mais Madeleine Berre ne devrait pas rencontrer de problèmes de communication avec le pouvoir, qui lui est familier.

Son père, Jacques Rogombé, fut conseiller spécial d’Omar Bongo Ondimba. Quant à sa mère, Rose Francine Rogombé, elle est présidente du Sénat et a assuré l’intérim de la présidence du pays en 2009. Madeleine Berre aurait pu elle aussi opter pour une carrière politique. Mais, formée en droit des affaires et en fiscalité à l’université Panthéon-Assas (Paris-II), elle a préféré intégrer le cabinet Fidafrica (PwC), avant de rejoindre Deloitte dix ans plus tard.


Madeleine BERRE. © DR

Sidonie Flore OUWÉ, procureure de la République près le tribunal de première instance de Libreville

Elle ne cherche guère à être aimée. Et sa main ne tremble pas lorsqu’il s’agit de convoquer un poids lourd de la politique, de recevoir le meneur d’une grève estudiantine qui tourne à l’émeute, d’ordonner une descente musclée dans les quartiers populaires de la capitale pour arrêter des sans-papiers ou rappeler quelques commerçants à l’ordre. Ces dernières semaines, la magistrate, nommée procureure de la République de Libreville en 2011, a auditionné dans son bureau des opposants soupçonnés de troubles à l’ordre public à la suite d’une manifestation non autorisée, mais aussi d’anciens dignitaires soupçonnés de détournements de fonds publics dans le cadre des cérémonies tournantes de la fête de l’indépendance.

"C’est une charge très délicate, reconnaît-elle. Pour me protéger, je m’entoure donc de toutes les précautions que m’offre la loi et m’astreins à un respect scrupuleux des grands principes de droit." Et même si l’un de ses prédécesseurs à ce poste, Rose Francine Rogombé, est devenu président du Sénat, cette magistrate originaire de Ndendé (Ngounié) et diplômée de l’université Omar-Bongo de Libreville ne se laisse pas griser par son pouvoir.


Sidonie Flore OUWÉ. © DR

Rose ALLOGO MENGARA, conseillère spéciale du président

Il y a encore quelques mois, Rose Allogo Mengara était maire d’Oyem (60 000 habitants), la frondeuse capitale de la province du Woleu-Ntem (Nord). Elle avait pourtant refusé de briguer un nouveau mandat lors des municipales de décembre 2013, en raison de désaccords profonds avec Paul Mba Abessole, le patron du Rassemblement pour le Gabon (RPG, associé au parti présidentiel).

Déjà en 2008, elle avait dû batailler contre les préjugés sexistes pour s’imposer en tant que candidate du RPG à Oyem. Plutôt que d’accepter de voir une femme aux commandes, son concurrent avait préféré quitter le parti. Rose Allogo Mengara avait alors remporté le scrutin… avant qu’il ne soit annulé par la Cour constitutionnelle. Mais elle avait ensuite gagné haut la main les municipales partielles (arrivant en tête dans 27 bureaux sur 28). En septembre 2014, c’est elle qui a quitté le RPG – suivie par 300 membres de la section Oyem de la formation – pour rejoindre le Parti démocratique gabonais (PDG, au pouvoir). Une belle prise pour le président Ali Bongo Ondimba, qui l’a tout de suite appelée à ses côtés, en tant que conseillère spéciale.

L’ancienne professeure de lycée, ex-syndicaliste, patronne de l’ONG Agir pour le développement (qui incite notamment les populations à s’organiser pour investir dans l’agriculture), et dont l’action en matière d’aménagement et de gestion à Oyem a été efficace, a une bonne connaissance des dossiers sociaux, auxquels le président accorde une importance cruciale. Elle connaît aussi sur le bout des doigts la géopolitique électorale complexe du Woleu-Ntem – qui a massivement voté pour André Mba Obame à la présidentielle de 2009. Rose Allogo Mengara pourrait donc s’avérer être un atout majeur pour la campagne du PDG en 2016.

 
Rose ALLOGO MENGARA. © Vincent Fournier pour J.A.

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