Société

Manque d’assurance

Par

Fouad Laroui est écrivain.

Voici une petite anecdote qui en elle-même n’est pas extraordinaire mais qui me semble être un signe des temps. Elle se décline en deux épisodes.

Première partie : il s’agit d’une toute petite mosquée dans une ville du sud des Pays-Bas, une mosquée qui n’a jamais posé le moindre problème sauf sur un point : celui des assurances. En Europe du Nord, on prend très au sérieux ce genre de choses. Tout bâtiment, tout véhicule, toute personne doit être assuré. C’est la loi.

Une mosquée, aux yeux de l’administration, n’est ni plus ni moins qu’un bâtiment : elle doit donc disposer d’une assurance contre l’incendie. Mais l’imam et ses ouailles traînent les pieds pendant des années. Ils se posent de graves questions. Peut-on assurer la maison de Dieu contre les effets de la volonté souveraine de… Dieu ? N’est-ce pas une forme de révolte contre le Tout-Puissant ? N’y a-t-il pas là une hérésie ? Face à ces interrogations dignes d’une dispute métaphysique du Moyen Âge, le fonctionnaire de la municipalité et le capitaine des pompiers se grattent la tête et ne savent que répondre. Ils ne peuvent que rappeler poliment à l’imam ce que disent la loi et les règlements. L’autre continue de leur parler de Dieu, du destin et des anges. C’est l’incommunicabilité totale.

Les années passent. Les responsables de la mosquée, à force de vivre en Europe, se sécularisent un peu et finissent par comprendre que souscrire une assurance ne revient pas forcément à faire allégeance à Belzébuth et ses démons. Et les voilà qui, toute honte bue, font la tournée des compagnies d’assurance pour demander des devis.

C’est là que le deuxième épisode de cette histoire commence. Il se trouve que la situation, en Europe, s’est entre-temps crispée. Les actes de malveillance contre les mosquées se multiplient, on balance des cocktails Molotov contre leurs portes, on craque des allumettes contre la barbe de l’imam, etc. Au feu ! Les actuaires n’arrivent plus à calculer les risques d’incendie des mosquées. Dans le doute, on n’assure plus. Macache ! Retour à la case départ : la maison de Dieu est livrée sans défense aux coups du sort.

On est encore là. Vous ne trouvez pas que cette anecdote est une sorte de métaphore de la situation de certains musulmans d’Europe ? On leur a dit pendant des décennies : intégrez-vous, assimilez-vous, faites comme nous ! Et puis quand ils veulent faire comme les autres, quand ils s’intègrent, on leur dit qu’ils sont quand même "différents". Comment s’étonner qu’ils se sentent mal à l’aise, qu’ils manquent… d’assurance ?

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