Communication & Médias

La télévision mauritanienne se libéralise, lentement

| Par
Récemment autorisée, Chinghuit TV n’est pas une nouvelle venue : elle émettait déjà depuis l’étranger.

Récemment autorisée, Chinghuit TV n'est pas une nouvelle venue : elle émettait déjà depuis l'étranger. © Laurent Prieur/JA

Depuis la libéralisation des ondes, cinq chaînes de télévision et cinq radios privées ont été autorisées. Mais les professionnels pointent encore un manque de transparence.

En toute discrétion, la minirévolution de l’audiovisuel mauritanien se poursuit. Le 3 janvier, la Haute Autorité de la presse et de l’audiovisuel (Hapa) a donné son feu vert à trois nouvelles chaînes de télévision privées : Al-Mourabitoune TV (propriété du groupe Sawt el-Watan) et Chinghuit TV (financée par le groupe Abdallahi Ould Nouegede), qui émettaient déjà depuis l’étranger, ainsi que Dava TV (dirigée par Mintane Mint Limrabit). Parmi les critères d’admissibilité des dossiers figuraient notamment la viabilité financière ainsi que la cohérence des projets. Basées à Nouakchott, ces nouvelles chaînes – dont il est encore difficile de mesurer l’audience – sont aujourd’hui opérationnelles en Mauritanie. Fonctionnant sur leurs capitaux propres, elles proposent débats politiques, documentaires, reportages, émissions culturelles… « Étant encore jeunes, elles rencontrent beaucoup de difficultés à honorer leurs engagements, confie-t-on à la Hapa. Pour l’instant, nous sommes flexibles, mais par la suite nous sanctionnerons. »

L’instance de six membres chargée de lancer les appels d’offres, d’étudier les dossiers et de donner un avis avant que le gouvernement signe la licence joue également le rôle du gendarme. Chaque changement dans la grille des programmes doit par exemple lui être notifié. Le cahier des charges mentionne également que les nouveaux médias privés sont tenus de s’exprimer dans les quatre langues nationales : l’arabe, le pulaar, le soninké et le wolof.

Médias étrangers

Cette ouverture met fin à un demi-siècle de monopole d’État sur les ondes. Il y a peu, la Mauritanie ne comptait que deux chaînes de télévision – TVM, qui émet aussi par satellite, et TVM Plus – et deux radios, toutes publiques. Leurs concurrentes privées diffusaient uniquement via internet. Les Mauritaniens se tournaient alors, via les satellites et les relais FM, vers les médias étrangers tels qu’Al-Jazira, RFI, la BBC ou Africa n° 1.

Cliquez sur l'image.En mars 2011, le chef de l’État, Mohamed Ould Abdelaziz, reconnaissant les lacunes quantitatives et qualitatives de l’offre, avait annoncé la libéralisation du secteur – qui était l’une de ses promesses de campagne. Quelques mois plus tard, en août, Hamdi Ould Mahjoub, le ministre de la Communication, déclarait que le gouvernement allait autoriser la création de cinq stations de radio et cinq chaînes de télévision privées. Ces annonces n’étaient pas vraiment une surprise puisqu’un projet de loi en ce sens avait été adopté le 2 juillet 2010 par l’Assemblée nationale mauritanienne.

Une société de télévision indépendante, chargée de garantir les mêmes conditions de diffusion aux opérateurs publics et privés, a été créée. Et à l’issue d’une première procédure engagée en septembre 2011, cinq stations de radio (Sahara Media FM, Radio Kobenny, Mauritanides FM, Radio Nouakchott et Radio Tenwir) – qui rencontrent un franc succès – et deux chaînes de télévision privées (Sahel TV et Wataniya TV) ont été lancées.

« C’est un grand pas en avant, mais l’attribution des autorisations manque de transparence, nuance un journaliste mauritanien. Beaucoup de dossiers ont été refusés sans explication. » La neutralité de la Hapa (dont les membres sont nommés par le président de la République et par les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat) est en effet régulièrement mise en doute par les professionnels des médias. Lesquels craignent en outre que les ministères n’interviennent en amont sur les dossiers.

Enfin, la libéralisation reste imparfaite. En 2011, sa dernière étape – l’autorisation des télévisions et radios associatives – avait été différée. Celles-ci vont devoir s’armer de patience : aucune date n’a encore été fixée.

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3102p001_600 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€
Fermer