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Judith Kanakuze

Députée rwandaise

Avec 48,8 % de femmes au sein du Parlement, le Rwanda est devenu le champion du monde en matière de parité. Née en 1959, Judith Kanakuze, députée et présidente du Forum des femmes rwandaises parlementaires (FFRP), est l’une des figures emblématiques de cette féminisation de la classe politique.

Jeune Afrique : Qu’est-ce qui vous a amenée à la politique ?
Judith Kanakuze : Peut-être suis-je née politicienne. J’ai pris confiance en moi assez naturellement. Très jeune, je m’opposais toujours aux injustices et aux exclusions. Après le génocide, j’ai fait partie de ces femmes engagées au sein de la société civile pour la réhabilitation socio-économique et politique du pays. Nos actions ont surtout concerné la restauration du tissu social, la relance économique, la mobilisation des femmes dans le monde de l’entreprise et dans la culture de la paix. C’est à travers ce mouvement que s’est épanouie ma fibre politique et que se sont affirmées mes capacités de leadership.
Qu’avez-vous dit aux électeurs en 2003 pour les convaincre de voter pour vous ?
Je savais déjà comment franchir les obstacles qui empêchent les femmes de participer aux prises de décision. Je savais également auprès de quelle classe sociale je devais mener ma campagne. Après avoir parcouru le pays comme membre de la commission juridique et constitutionnelle, j’ai eu une idée précise de mon électorat. Mon ambition était de promouvoir l’égalité des sexes au sein de la société et de combattre la pauvreté qui touche de plus en plus les femmes. Le message est passé.
N’était-ce pas de la démagogie ?
Depuis mon élection, je suis les choses de près. Ce n’est pas moi qui donne les crédits, mais je joue un rôle important dans le vote de la loi de finances. Ce n’est pas moi qui trace les routes, mais je plaide et spécifie les urgences.
Pour vos collègues masculins, vous êtes des femmes ou d’abord des élues ?
Nous devons être femmes, épouses, mères et politiciennes. Les hommes doivent nous considérer sous ces quatre aspects. Les onze commissions de la Chambre des députés sont paritaires, comme le sont également les quatre commissions du Sénat. Les commissions politique, du budget, du genre, des pétitions de la population sont présidées par des femmes.
Autrement dit, vous n’êtes pas au Parlement pour « faire joli »
En impliquant les femmes dans les prises de décision, le Rwanda a marqué des points et tous les pays devraient en faire autant. Maintenant, il faut que les femmes soient davantage représentées au sein des institutions, telles que le gouvernement ou le Conseil économique et social. C’est-à-dire qu’elles détiennent au moins 30 % des postes. Ce principe est inscrit dans notre Constitution. Aujourd’hui, les femmes rwandaises peuvent tout faire.
Mener une carrière politique tout en étant épouse et mère, n’est-ce pas compliqué ?
C’est une question d’organisation. Bien sûr, nous sommes mères. Mais pour que le rôle de la femme ne se limite pas aux questions pratiques du quotidien, nous devons aller vers les postes stratégiques, là où se prennent les décisions. Une fois que nous y sommes parvenues, nous nous organisons. La femme peut très bien s’occuper de sa cuisine et apporter un renouveau au monde politique. Nous cherchons le juste milieu.
Les femmes sont-elles meilleures que les hommes en politique ?
Nous voulons partager le pouvoir avec, et non pas contre les hommes. En tant que femmes, nous devons améliorer l’image de la politique, afin qu’elle soit perçue comme de la bonne gouvernance. Il n’y a pas de compétition entre les hommes et nous. Nous voulons construire ensemble, en nous répartissant les responsabilités. L’important c’est d’avoir une vision commune.

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