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Ahmed Ben Saïd Jaffar

Ministre comorien des Affaires étrangères

En marge du voyage officiel effectué à Paris, du 17 au 22 juillet, le ministre des Relations extérieures et de la Coopération de l’Union des Comores, Ahmed Ben Saïd Jaffar, 41 ans dans quelques jours, nous a rendu visite. Le chef de l’État, Ahmed Abdallah Sambi, a fait appel, en juin 2006, aux services de ce brillant universitaire diplômé de linguistique et natif de Mutsamudu, dans l’île d’Anjouan, qui a contribué à sa victoire à la présidentielle de mai 2006. Il a notamment rédigé une partie du programme électoral du candidat Sambi. Occuper les fonctions de ministre des Affaires étrangères n’est pas une sinécure. « L’héritage était lourd à assumer, affirme-t-il, mes fonctions m’imposaient deux dossiers prioritaires : Mayotte et une dette extérieure équivalant à 75 % du produit intérieur brut. »
Ces deux questions ont dominé ses conversations avec Jean-Marie Bockel et Christian Estrosi, respectivement secrétaires d’État à la Coopération et à l’Outre-Mer. Ce dernier étant concerné par Mayotte, la quatrième île de l’archipel, qui, en 1975, a préféré, par référendum, rester dans le giron de la France. Contrairement aux trois autres îles (Grande Comore, Anjouan et Mohéli). Inscrite sur les tablettes de l’Union africaine comme territoire à décoloniser, Mayotte est une priorité pour le président Ahmed Abdallah Sambi. Mais ce dernier, qui préfère une politique de dialogue et de compromis, n’envisage pas d’engager un bras de fer avec l’ancienne métropole.

« Les Mahorais ne réintégreront l’archipel que s’ils y gagnent. Il est donc urgent de commencer à rattraper notre retard économique, et d’opérer la mise à niveau économique de la Grande Comore, d’Anjouan et de Mohéli. Nous avons lancé un programme de développement, mais ce processus a été paralysé par la réapparition du séparatisme anjouanais. » Anjouan, qui abrite maintenant le plus grand port de l’archipel, a fait sécession en 1997 et proclamé son indépendance. Après de nombreux rebondissements, la crise provoque le coup d’État d’avril 1999 – le vingtième en un quart de siècle. Le nouvel homme fort, le colonel Azali Assoumani, chef d’état-major de l’armée comorienne, dissout les institutions pour faire face aux velléités de partition de l’archipel. À ses côtés, Ahmed Ben Saïd Jaffar devient secrétaire général adjoint à la présidence, puis, quelques mois plus tard, secrétaire général du gouvernement.
C’est depuis ce poste stratégique qu’Ahmed Ben Saïd Jaffar supervise le processus de négociations parrainé par l’Union africaine et la France, qui débouche, le 17 février 2001, sur les accords de Fomboni, dits de réconciliation nationale. Dans la foulée, une nouvelle Constitution est adoptée. Elle prévoit un État fédéral composé de trois îles jouissant d’une large autonomie. À l’occasion du renouvellement du mandat des exécutifs insulaires, Anjouan trouve le moyen de se singulariser à nouveau. Alors que son mandat expirait en avril 2007, le colonel Mohamed Bacar, président d’Anjouan, refuse de céder, même à titre provisoire son fauteuil. Démis par la Cour constitutionnelle, il se cramponne au pouvoir, fait embastiller ses concurrents et lance, le 2 mai 2007, ses milices contre les soldats de l’armée fédérale. Bilan : deux militaires tués et des dizaines de blessés. Un véritable coup de force.

Pour le chef de la diplomatie de l’archipel, « les séparatistes anjouanais sont une infime minorité et si des élections transparentes et honnêtes sont organisées dans l’île, Mohamed Bacar ne pèsera pas lourd. C’est pourquoi il a organisé son putsch institutionnel, récusant les décisions de la Cour constitutionnelle de l’Union, celles de l’UA ainsi que de la communauté internationale dans son ensemble. » La gravité et la complexité de la situation dans son île natale n’empêchent pas Ahmed Ben Saïd Jaffar de consacrer une partie de son temps à l’autre volet de sa mission : l’annulation de la dette. Elle a été au centre des discussions avec ses interlocuteurs français, dont il a sollicité et obtenu l’appui lors la prochaine réunion des bailleurs pour l’apurement des arriérés de son pays vis-à-vis de la Banque africaine de développement (BAD) prévue en septembre 2007.

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