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La Côte d’Ivoire devient indépendante

Par - Valérie
Mis à jour le 7 août 2005 à 01:00

« En vertu du droit qu’a tout peuple à disposer de soi-même, je proclame solennellement l’indépendance de la Côte d’Ivoire. » Le 7 août 1960, au douzième coup de minuit, devant une Assemblée nationale muette d’émotion, Félix Houphouët-Boigny prononce les paroles historiques qui scellent le destin de son pays. Retentit alors, pour la première fois, L’Abidjanaise, le nouvel hymne national, exécuté par l’orchestre de la Garde républicaine. Au dehors, la foule exulte, et l’on entend tonner au loin le canon, cent un coups qui vont ponctuer les trois discours qui se succèdent dans l’Hémicycle.
D’abord Philippe Yacé, le président de l’Assemblée nationale, qui remercie immédiatement la France pour sa « mission émancipatrice » et salue le rôle du général de Gaulle, « apôtre et réalisateur de l’émancipation de plus de quarante millions d’Africains ». Un discours que d’aucuns jugeront modéré et passablement complaisant à l’endroit de la puissance coloniale, surtout comparé aux propos d’un Patrice Lumumba, par exemple, le jour de l’indépendance du Congo, le 30 juin de cette même année 1960. Philippe Yacé rend également hommage aux peuples et aux dirigeants des trois autres pays du Conseil de l’Entente – un rassemblement créé en mai 1959 – présents dans la salle. Hamani Diori du Niger, Hubert Maga du Dahomey (aujourd’hui Bénin) et Maurice Yaméogo de Haute-Volta (aujourd’hui Burkina Faso) ont débarqué la veille de Ouagadougou, où ils avaient célébré l’indépendance du pays, le 5 août.
Ensuite le ministre d’État français, Louis Jacquinot. Ce fin politique, qui va devenir ministre du Sahara, des Départements et Territoires d’outre-mer, a suivi de près les dernières années du « désapparentement » d’avec la France, processus commencé en 1950 et achevé par les accords du 11 juillet 1960, qui régissent le transfert des compétences. Ainsi le médecin Félix Houphouët-Boigny a-t-il pu devenir député français, puis Premier ministre de Côte d’Ivoire et, depuis quelques minutes, le premier président de la République indépendante, le « père fondateur ».
Il est le dernier à prendre la parole, dans cette nuit mémorable. De sa voix nasillarde qui s’élève parfois jusqu’à la stridence, il exhorte son pays : « Voici arrivée pour toi, ô mon pays, mon pays bien-aimé, l’heure tant attendue où ton destin t’appartient entièrement. Peuple de mon pays, laisse éclater ta joie… » Ainsi délivre-t-il à la foule un message de fraternité et d’amour, insistant sur la nécessité de servir la cause de la paix à la fois par l’unité intérieure et par les échanges extérieurs, seuls capables de favoriser la compréhension entre les peuples et d’améliorer la condition matérielle et morale des populations déshéritées. Conscient très tôt de la fragilité des relations entre les différentes communautés de son pays, il exprime ainsi son souci de l’harmonie entre les ethnies et les religions présentes sur le territoire. Une vigilance qui ne se démentira jamais au cours de son long règne. « Armons-nous contre la misère, contre les incompréhensions mais, de grâce, ne portons aucune arme contre notre prochain, parce que c’est notre frère. »
Aux petites heures du matin, une foule immense, qui n’a pas fermé l’oeil de la nuit mais s’est livrée à une fête endiablée au rythme des balafons et des djembés, s’assemble aux abords du quartier du Plateau. Le nouveau président de la République va passer les troupes en revue et regarder défiler devant lui les forces vives de la nation. Hommes, femmes, jeunes le saluent avec enthousiasme au milieu de la musique et des drapeaux qui claquent au vent. Dans l’après-midi, le stade Géo-André, qui avait accueilli la veille une prière musulmane et une messe catholique solennelle, sera le théâtre de plusieurs spectacles destinés à mettre en valeur les diverses cultures régionales, danseurs de Bouaflé, ballets de Mans, danse panthère des Sénoufos, etc. Il aura fallu quinze ans d’un itinéraire aux multiples rebondissements pour que Félix Houphouët-Boigny, qui ne tardera pas à devenir le « Vieux », rende la liberté à son pays.