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Hynd Bouhia

Par - Serge Alain
Mis à jour le 7 septembre 2008 à 01:00

La directrice générale de la Bourse de Casablanca arrive 29e au palmarès des 100 dirigeantes les plus influentes du monde. Et première Africaine… sur deux.

Arrivant au 29e rang des 100 femmes les plus puissantes du monde, selon le classement 2008 du magazine américain Forbes, publié à la fin d’août, la Marocaine Hynd Bouhia, 35 ans, directrice générale de la Bourse de Casablanca, devance Ellen Johnson-Sirleaf, la présidente du Liberia, qui arrive en 66e position d’un palmarès qui couronne pour la troisième année consécutive la chancelière allemande Angela Merkel. Qui est Hynd Bouhia, pour parvenir à se hisser d’emblée à la 29e position ? Le personnage intrigue. Ses sorties médiatiques sont soigneusement préparées. Maîtrise aiguë de sa communication ou volonté de ne pas trop s’afficher ? Le vedettariat n’est guère de mise à la Bourse de Casablanca, indique-t-on en coulisse. La différence de style avec le président du directoire de la Bourse, Fath-Allah Berrada, a de quoi étonner. Il se montre nettement plus prolixe avec les médias alors qu’il est impossible d’arracher la moindre confidence à celle qui figure désormais comme l’une des deux seules femmes africaines retenues par le magazine américain.
Sa nomination a été qualifiée de choix « bizarre » par le quotidien britannique Daily Mail, qui a dénoncé l’affront fait à Clara Furse, la patronne du très puissant London Stock Exchange, reléguée à la 85e place. Une sacrée dégringolade : elle pointait à la 54e place dans l’édition 2007 du classement Forbes. Contactée, la rédaction du mensuel américain se refuse à toute polémique et renvoie à son site Web. « Les femmes de notre classement sont reconnues dans le monde entier comme des expertes dans leur domaine, y lit-on. Nous évaluons leur pouvoir en fonction de la notoriété publique, calculée d’après leur présence dans les médias, et de leur poids financier. La composante économique considère la position professionnelle et la carrière antérieure des candidates, ainsi que le montant des fonds qu’elles contrôlent. »
Des critères qui justifieraient la présence d’autres Africaines dans ce « World’s 100 Most Powerful Women ». Ne serait-ce que Maria Ramos, PDG du géant sud-africain du transport ferroviaire et maritime Transnet ? À la tête d’un groupe qui réalise 4 milliards de dollars de chiffre d’affaires, elle arrive 16e mondiale dans un autre palmarès, réalisé par Fortune, dont la numéro un est Cynthia Carrol, patronne du conglomérat minier AngloAmerican (CA de 35 milliards de dollars), suivie d’Anne Lauvergeon, PDG du français Areva (17 milliards de dollars). Ces dames arrivent en 5e et 9e positions dans le classement de Forbes. Mais Maria Ramos n’y figure pas.
Ce qui n’enlève rien au mérite d’ Hynd Bouhia. Née à Casablanca, mariée, mère d’un enfant et pianiste émérite à ses heures, elle affiche un curriculum vitae en béton et un parcours sans faute. Ancienne de l’École centrale de Paris, titulaire d’un PhD de l’université Harvard, elle passe huit ans à la Banque mondiale, à Washington, dont elle garde un goût prononcé pour l’international. « C’est quelqu’un de très motivé, d’engagé et très ouvert d’esprit sur ce qu’il se passe à l’étranger », confirme Youssef Benkirane, président de l’Association professionnelle des sociétés de Bourse et président du directoire de BMCE Capital Bourse.
Elle est revenue au Maroc en 2004 pour intégrer la garde rapprochée comme conseillère économique de l’ancien Premier ministre socialiste. Sa mission : attirer les investisseurs étrangers. Driss Jettou la recommande à son successeur. Elle conserve son poste jusqu’en février. Depuis six mois, la directrice générale de la quatrième place financière du continent doit se consacrer au développement de la Bourse de Casablanca à l’international. Propulsée dans le saint des saints des femmes d’influence, Hynd Bouhia capitalisera, sans aucun doute, l’effet d’aubaine de sa nouvelle stature pour attirer vers la place marocaine des investisseurs curieux de découvrir qui est cette femme presque aussi médiatique que Hillary Clinton, classée 28e par Forbes.